BIBLIOTHEQUE DES ACTUALITES INDUSTRIELLES 13

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P. WILTNER et C. CALMELS

MANUEL PRATIQUE

DU

Savonnier

SAVONS COMMUNS, DE TOILETTE ET-JftfOICINAUX

QUATRIÈME ÉDITION FRANÇAISE

PARIS

Librairie BERNARD TIGNOL GAUTHIER VILLARS et Cîe, Successeurs

53 bis Quai des Grands - Augu stins. 53 bis

mil

MANUEL PRATIQUE

DU

SAVON NIER

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36739

BIBLIOTHÈQUE DES ACTUALITES INDUSTRIELLES. 13

MANUEL PRATIQUE

DU

SAVONNIER

SAVONS COMMUNS

Savons de Toilette, Mousseux, Transparents, Médicinaux Pâtes et Émulsions, Analyse des Savons

PAR

G. CALMELS

d’après F. WILTNER

quatrième Edition française

PARIS

Librairie Bernard TIGNOL

GAUTHIER-VILLARS et C % successeurs

53 bis, Quai des Grands-Augustins.(VI')

INTRODUCTION

I. HISTORIQUE DES SAVONS

Il existe certains produits indispensables à l'homme civilisé et dont l’emploi même est une preuve de civili¬ sation. Le savon est un de ces produits. Nous rappelons ici le mot célèbre de Liebig, qui a soutenu qu’un peuple est d’autant plus civilisé et aisé, qu’il emploie plus de savon; ce fait est matériellement très bien constaté par les chiffres arides de la statistique.

Dans l’antiquité même jusqu’au moyen âge, le savon était tout à fait inconnu ou très peu usité. On se conten¬ tait de parfumer les habits et le corps à l’aide de matiè¬ res odorantes.

La question de savoir quel est le peuple qui a inventé la fabrication du savon, est une de celles auxquelles on ne peut pas répondre avec précision.

On est probablement dans l’erreur, si suivant un pas¬ sage de la traduction delà Bible de Luther, on admettes peuples de l’Asie Mineure, notamment les Hébreux ou les Phéniciens, comme les inventeurs du savon. Ce n’est que dans les écrits du naturaliste romain Pline, que nous puisons des renseignements précis sur le savon, et d’après ceux-ci, nous sommes forcés de considérer le savon comme une invention des Gaulois. Ges derniers, dit-il, préparaient le savon (sapo) avec de la graisse de chèvre et de la cendre blanche de bouleau, mais le desti¬ naient seulement à teindre et à lisser les cheveu*.

IANU1SL DU SAVONNIER

Gomme Pline parle formellement de « savon tendre » et de « savon dur », il est probable que nos ancêtres connaissaient déjà la transformation du savon « tendre» (de potasse) en savon « dur » (de soude).

Il semble qu’au moyen âge on employait en certains pays, pour laver le linge, une solution alcaline, et pour nettoyer les draps fins certaines racines de plantes que l’on mettait mariner dans l’eau, qui formaient un liquide mousseux (saponaria, saponaire).

Malgré les progrès faits par la chimie industrielle, nous trouvons encore quelques contrées la prépara¬ tion du savon est la même que chez nos ancêtres il y a deux mille ans : suif, chaux et cendres de bois. Cet état primitif existait encore il y a peu de temps, lorsque la chimie industrielle fut révolutionnée par l’invention de la soude artificielle par Leblanc et par l’extension de la fabrication de l’acide sulfurique; l’ancienne méthode de préparation des savons dut être abandonnée et céder le pas à une fabrication rationnelle fondée sur les lois de la chimie.

Mais c’est surtout l’emploi des matières grasses de provenance étrangère, notamment de l’huile de palme et de coco et plus récemment l’emploi des suifs de bêles à cornes provenant de l’Amérique du Sud, de la résine de pin de l’Amérique du Nord, de la graisse du mouton d’Australie, qui a généralisé et étendu de plus en plus la fabrication du savon ; ce fait est certainement démontré par ie nombre toujours croissant des matières grasses introduites en Europe. L’Angleterre est encore à la tète de la production ; mais nous venons aussitôt après, grâce surtout à Marseille qui est en France le centre de cette industrie.

Le troisième rang appartient à l’Allemagne. La pro-

RÉACTION FONDAMENTALE DE SAPONIFICATION 7

duction des États-Unis de l’Amérique, du Nord a fait dans ces derniers temps des progrès très rapides.

Le mérite d’avoir tracé nettement les principes chi¬ miques qui ont rapport à la fabrication des savôns, appartient à Chevreul, l’illustre chimiste dont nous fêtions récemment le centenaire. Mais c’est seulement depuis que nous avons appris à séparer complètement la glycérine du savon, c’est-à-dire à fabriquer les composés auxquels on peut aussi, au point de vue chimique, don¬ ner le nom de savons, à les fabriquer à l’état pur, que nous pouvons prétendre avoir amené la fabrication des savons à un degré de perfectionnement élevé.

Il n’est plus guère possible, à notre époque, de s’adon¬ ner à la fabrication du savon sans posséder une cer¬ taine somme de connaissances scientifiques; nous avons donc dû, en tenant compte de ce fait, pousser dans notre ouvrage la description purement scientifique de la fabrication des savons, aussi loin que cela nous a paru nécessaire pour rendre le tout très compréhensible.

II. RÉACTION FONDAMENTALE DE SAPONIFICATION

L’industriel, dont le métier rentre dans la catégorie des arts chimiques, doit avant tout connaître jusque dans les détails les plus intimes, les procèdes chimiques qui s’attachent à son industrie. A défaut de ces connais¬ sances, il reste un ouvrier ignorant qui travaille aveu¬ glément d’après des procédés empiriques sur lesquels il est incapable de porter un jugement, même après une longue pratique; il ne sait si les principes qu’il a suivis lui ont fourni des résultats suffisants ou s’il y a lieu de leur en substituer d’autres. Il est bien évident qu’un

MANUEL DU SAVONNIER

pareil ouvrier devra dépenser de fortes sommes pour faire ses essais et qu’il restera sans ressources le jour ses procédés, par un hasard qu’un chimiste expérimente aurait pu éviter, restent infructueux.

Nous considérons comme première condition de cel ouvrage, d’être aussi bien à la portée du fabricant que du chimiste, surtout du fabricant qui doit être complè¬ tement édifié sur les procédés chimiques qu’il doit employer. Nous nous sommes efforcés, persuadés de l’importance de ce point, de rendre clairs pour tous, dans la partie de notre ouvrage qui va suivre, les procé¬ dés chimiques de la fabrication du savon.

Dans l’ancienne opinionqui régnait jusqu’au commen¬ cement de ce siècle, opinion généralement adoptée, on pensait que les graisses jouissaient de la propriété de se combiner aux corps désignés en chimie sous le nom d’alcalis (potasse, soude, chaux) et l’on considérait les savons comme un composé de graisse et d’alcali. C’est depuis les remarquables recherches de Chevreul à ce sujet que la clarté s’est faite surles réactions chimiques qui ont lieu pendant la saponification.

Si différentes que soient les graisses dans leurs pro¬ priétés physiques, elles offrent cependant une grande ressemblance parce que toutes proviennent d’une com¬ binaison d’un corps nommé glycérine et d’un ou de plu¬ sieurs acides, dits acides gras.

En langage chimique, nous pouvons désigner les graisses comme étant la combinaison d’une base (hydrate de glycéryle), avec un ou plusieurs acides (acides gras).

D’après les nouvelles théories les graisses sont regar¬ dées comme des éthers et par suite comme des éthers gras de glycérine. L’hydrate de glycéryle ou simplement

RÉACTION FONDAMENTALE DE SAPOWIMCATIOK

la glycérine possède des propriétés chimiques qui le font rentrer dans le groupe des alcools. Les chimistes nomment maintenant les combinaisons des acides avec les alcools « éthers composés >; nous pouvons considérer les graisses comme telles.

Les procédés de saponification des graisses amènent la séparation du glycéryle et des acides gras; en même temps il y a séparation des alcalins, qui causent la sapo¬ nification, en alcalis purs et eau. Mais au moment ou a lieu la dissociation des deux groupes de combinaisons, de nouvelles combinaisons se produisent; les acides gras se combinent avec l’alcali pour former des corps que nous appellerons sels au vrai sens du mot et que nous désignerons comme des sels alcalins d’acides gras

réaction chimique.

Avant ta saponification on a:

Graisse Alcali

formée de formé de

Glyeyloxyde + acide gras alcali -§- eau

La saponification effectuée :

alcaü ~f acide gras glyeyloxyde + eau

(Savon) (Glycérine)

on en d’antres Serines . par la saponification, Ja graisse change son giyeyloxyde contre l'alcali et forme du savon, tandis que l'alcali nui auparavant â l'eau m lutin, avec le gly yl syde et donne de la glycé¬ rine. On obtient du savon comme produit principal, tandis que la glycérine reste comme produit acces¬ soire.

Les graisses, employées habituellement pour la fabri-

10 MANUEL DU SAVONNIER

calion du savon se composent des glycérides, des acides palmitique, stéarique, oléique, et les savons obtenus au moyen de la potasse ou de la soude sont des mélanges de stéarate, palmitate et oléate de potassium ou de sodium.

Non seulement les oxydes des métaux alcalins ou alcalis forment avec les acides gras des combinaisons, mais aussi la plupart des oxydes des métaux lourds. Nous étudierons plus loin ces combinaisons; nous note¬ rons ici cependant que ce sont seulement les savons de soude ou de potasse qui ont un rôle prépondérant dans la fabrication du savon.

Mentionnons encore que les combinaisons chimiques du glycyloxyde avec les acides gras, les graisses, ne sont pas seulement dissociées par l’action des alcalis et d’autres oxydes métalliques, mais aussi par des sulfates alcalins, divers acides et même la vapeur d’eau sur¬ chauffée. On emploie toujours, quoique à tort, l’expres¬ sion de saponification quand il s’agit de l’intervention d’un acide ou de la vapeur d’eau. En ce qui concerne le dernier procédé énoncé, il faut remarquer qu’on ne parle pas de saponification dans le sens propre du mot : la graisse se dissocie par l’action de la vapeurd’eau sur¬ chauffée en acide gras et en glycérine. On ne peut arri¬ ver à ce résultat qu’à l’aide d’appareils compliqués, appli¬ cables seulement dans la grande industrie.

D’ailleurs la saponification par la vapeur d’eau ne s’emploie pas pour la fabrication des savons, mais pour la préparation de la stéarine et de la glycérine pures. La graisse se comporte avec les alcalis purs comme nous l’avons dit plus haut : elle est dissociée, saponifiée ; cependant si on la traite par une dissolution de carbo¬ nate alcalin en agitant la masse, lagraisse se sépare sous

RÉACTION FONDAMENTALE DE SAPONIFICATION 11

forme de gouttelettes en suspension dans le liquide, en lui donnant un aspect laiteux auquel on a donné le nom d’émulsion.

Les savons ordinaires du commerce sont formés de potasse et de soude : les savons purs de potasse sont tendres, peuvent retenir une grande quantité d’eau, offrent un aspect opalin et une consistance butyreuse. Alors même qu’il est séché artificiellement, le savon de potasse reprend de l’eau à l’air libre.

Les savons de soude, même exposés à l’air, restent durs et solides. Les savons alcalins se dissolvent dans l’alcool et dans l’eau chaude sans se décomposer, la solu¬ tion forme une masse opalisante, gélatineuse. Les savonsde potasse se dissolvent plus facilementdans l’eau que ceux de soude et moussent plus facilement par l’agi¬ tation. Les acides gras ont plus d’affinité pour la soude que la polasse.ee que prouve la réaction suivante : aune solution aqueuse d'un savon de potasse ajoutons du sel de cuisine (chlorure de sodium), il se forme une double décomposition : les acides gras se portent sur la soude pour former un savon de soude, tandis que la potasse forme avec le chlore une nouvelle combinaison, le chlorure de potassium. On emploie cette propriété des savons de potasse pour transformer un savon de potasse en savon de soude : la réaction suivante a lieu :

Savon de potasse + Sel de cuisine

(Chlorure de sodium) se transforment en

Savon de soude + Chlorure de potassium

Les acides gras des savons sont le plus souvent les acides palmitique, oléique, stéarique; mais suivant la graisse employée on peut encore trouver d’autres acides

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MANUEI. DU SAVONNIER

dans le savon ; ainsi par la saponification du beurre, on obtient des butyrates alcalins.

Les acides palmitique et stéarique à l’état pur sont cristallins, mamelonnés : le degré de fusion est assez élevé (60°) ; on les prépare à l’état pur dans la fabrication des pains de stéarine.

L’acide huileux ou acide oléique (des huiles) est un corps liquide, oléagineux. Un caractère de ces savons c’est la manière de se comporter avec l’eau; ils se dis¬ solvent (nous l’avons indiqué plus haut)sans destruction dans une faible quantité d’eau chaude. Si l’on emploie beaucoup d’eau, il y a décomposition et mise en liberté d’un alcali.

La quantité d’eau influe donc sur cette réaction ; s’il y a excès notable d’eau, le savon se décompose de telle façon qu’un sel acide d’alcali se sépare sous forme de corps insoluble, tandis que l’alcali libre reste dis¬ sous.

Si l’on emploie une petite quantité d’eau, il se sépare une certaine quantité de sel acide d’alcali et de sel neutre. Le liquide contient seulement une petite quan¬ tité d’alcali dissous.

L’alinéa suivant explique cette décomposition en pré¬ sence de l’eau.

Savon :

Sel acide ^

Sel neutre ( . acide gras ) .

Acide gras + alcali ( acide gras )

Sel neutre -f alcali -f- eau

(Acide gras + alcali) (ou bien alcali caustique)

Dans tous les cas par conséquent du mélange du savon avec l’eau, il résulte de l’alcali libre, mais celui- ci 4étruit facilernent les substances organiques et se

RÉACTION FONDAMENTALE DE SAPONIFICATION 13

combine avec les acides libres renfermés dans les matières à nettoyer.

Les souillures que l'on trouve ordinairement sur le linge et la peau se composent en effet de substances organiques (poussières) ou d’acides libres (sueur). L’ac¬ tion du savon est due dans tous les cas à la mise en liberté de l’alcali; la sensation du liquide onctueux que l’on ressent lorsque l’on fait usage de savon, est due à un commencement de destruction des couches superfi¬ cielles de l’épiderme par cet alcali libfe.

Lorsque l’eau l’on dissout le savon n’est pas abso¬ lument pure, les substances qui y sont dissoutes ont une action notable sur le savon. Les eaux dites dures qui contiennent une notable quantité de chaux coagulent le savon; il se forme alors un savon de chaux insoluble dans l’eau.

Le sel de cuisine dissous dans l’eau dans une certaine proportion s’oppose à la dissolution du savon : 6 pour cent du sel suffisent pour empêcher toute solution; les solutions concentrées d’alcali caustique onL éga¬ lement la propriété de précipiter le savon dans sa solution.

On fait usage dans la pratique de cette propriété.

La solubilité ou l’insolubilité d’un savon dépend aussi de la nature des acides gras dont il dérive, les savons préparés avec l’huile de coco se dissolvent com¬ plètement dans une solution de sel dans laquelle d’au¬ tres savons sont insolubles.

Les savons d’ammoniaque sont très solubles dans l’eau. Les bases terreuses (magnésie, chaux) se com¬ binent avec les acides gras pour former les savons insolubles, propriété dont on tirait autrefois parti dans la préparation des pains de stéarine et dans la fabrica-

MANUEL DU SAVONNIER

tion des acides gras à l'état de pureté. Les oxydes métalliques lourds (manganèse-fer) forment avec les a ides gras des combinaisons colorées, l’aspect marbré que présentent certains savons est à leur présence. L oxyde de plomb forme avec les acides gras un composé visqueux, épais, employé en pharmacie sous le nom d’emplâtre de plomb.

Tandis que la graisse se saponifie rapidement avec un alcali caustique, elle forme avec les carbonates alcalins (potasse et soude) et avec l’ammoniaque une émulsion déjà mentionnée plus haut, en d’autres termes, elle reste en suspension dans le liquide en lui communiquant un aspect laiteux.

En raison de l’action émulsionnante des carbonates alcalins et de l’ammoniaque sur les graisses, on les emploie pour les lessives. Il est toutefois certain que lorsqu’on met en présence la graisse et le carbonate alcalin, il n’y a qu’une action mécanique, et non pas une combinaison chimique, car abandonnée au repos, elle se sépare en deux couches, l’inférieure formée par la solution de carbonate alcalin, la supérieure par la graisse non modifiée.

Les alcalis caustiques, même à solution diluée, agis¬ sent déjà à la température ordinaire sur les graisses pour les dissocier et les saponifier, action qui ne s’exerce que très lentement il est vrai.

Dans la pratique, on est obligé d’employer une tem¬ pérature élevée pour la saponification; et, comme pour avoir la température nécessaire on est obligé d’employer aussi une pression élevée, on chauffe ensemble la graisse et l’alcali en vase clos.

matières employées

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III. DES MATIÈRES EMPLOYÉES

POUR

LA FABRICATION DU SAVON

Conformément à ce que nous avons dit au sujet de la réaction de saponification des savons, les savons se forment par double décomposition des savons et des alcalis. Ce ne sont pas seulement les graisses mais encore les résines qui peuvent être employées; nous pouvons donc classer les matériaux employés pour cette fabrication, en graisses, résines, alcalis, auxquels il faut ajouter le chlorure de sodium et l’eau qui sont indispensables.

Il n’est pas nécessaire d’entrer dans de longues expli¬ cations pour indiquer que la connaissance exacte des propriétés de ces corps est indispensable; car ils assu¬ rent la réussite, la quantité et la qualité du produit, en un mot, les bénéfices de cette industrie. Les diverses graisses donnent des rendements variables ; dans la pratique, on compte le rendement k tant pour cent de la graisse employée. On emploie aussi bien les graisses animales que les corps gras d’origine végétale; les pre¬ mières sont le suif, le beurre, l’huile de foie de morue ou de poisson, toutes ordinairement solides à la tempé¬ rature ordinaire ; les graisses végétales, presque toujours liquides, rarement de consistance butyreuse, sont dési¬ gnées, même étant solides, sous le nom d’huiles.

Ainsi, la graisse des fruits du coco est solide, ainsi que la graisse retirée de 1’ « élaüs granensis » ; on les appelle cependant huile de coco et de palme.

Tandis que nous distinguons les graisses animales plutôt par leurs propriétés physiques (solides ou li-

MANUEL DU SAVONNIER

quides), nous distinguons surtout les graisses végétales d’après leurs propriétés chimiques, celles-ci- sont très variables.

Beaucoup de graisses restent liquides, même quand on les laisse exposées à l’air; d’autres dans ces condi¬ tions se solidifient rapidement, nous devons donc les diviser en : huiles siccatives et huiles non siccatives. Par l’action prolongée de l’air, les graisses rancissent; elles prennent une odeur particulière et une réaction acide, cette modification ne détruit pas leurs qualités pour ce qui concerne la fabrication des savons; car le corps acide mis en liberté par le fait du rancissement de la graisse est neutralisé, pendant la saponification, par l’alcali. Nous devons donc, d’après ce qui vient d’être dit, établir les divisions suivantes, parmi les matières brutes employées pour la fabrication des savons :

A. Graisses animales (suif, beurre, huile animale ou huile de poisson); .

B. Graisses végétales ou huiles végétales (huiles sic¬ catives ou non siccatives);

G. Résines (pin et sapin, résidus de la fabrication do la térébenthine);

D. Alcalis caustiques (soude, potasse et chaux caus¬ tique) ;

E. Sel de cuisine;

F. Eau.

A. DES GRAISSES ANIMALES I. Suif.

Sous le nom de suif, on désigne la graisse qui sa trouve en abondance dans les cavités abdominales des animaux et qui se distingue par son aspect grumeleux et son point de fusion élevé. Pour l’industrie, on emploie

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DES MATIÈRES EMPLOYÉES

surtout le suif de mouton, de veau, des os et des chevaux. Ces variétés de suif sont composées de cer¬ taines proportions de stéarine, d’oléine et de palmi- tine, c’est-à-dire des glyoérides téarique, palmitique, oleique.

La stéarine est le principal élément servant à former des savons durs et fermes.

Le suif du commerce est souvent mélangé à du tissu cellulaire, à des fragments de chair; il est nécessaire de le purifier avant l’emploi.

Comme la fusion du suif est l’objet d’une industrie spéciale et comme le fabricant de savon reçoit le suif tout purifié, nous pouvons abréger ce qui concerne la purification : on le purifie par la fusion qui sépare, sous forme de résidus, le sang, le tissu cellulaire, etc.

On n’obtient cependant jamais par ce procédé le suif absolument pur et il y a des pertes importantes; le résultat est meilleur avec une solution de soude qui détruit le tissu cellulaire, mais ce procédé est long et les détritus, que l’on pourrait employer et qui sonx excellents pour l’engraissement des porcs, sont entière¬ ment détruits.

Si l’on ne s’occupe pas de ces résidus, le procédé de purification du suif par la solution de soude est très bon, car la solution de soude peut resservir. D’après Darcet, on fond 2 pour cent de suif avec 1 pour cent d’eau contenant 3 à 3 1/2 pour cent d’acide sulfurique anglais. Les résidus sont détruits par l’acide et l’on peut récupérer le suif par pression. Ce procédé est très avan¬ tageux lorsque l’on emploie la fusion par la vapeur.

Suif de bœuf.

Il est préparé en petite quantité en Europe, la plus

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18 MANUKI. DU SAVONNIER

grande partie provient d’Amérique. L’Australie fournit le suif de mouton.

Graisse d’os.

La graisse d’os est préparée en quantité assez consi¬ dérable et l’on tâche d'utiliser les matières le plus possible; pour cela on les traite un certain temps par la vapeur d’eau à 3 ou 4 atmosphères; on opère dans des vases analogues à la marmite de Papin. On obtient ainsi une solution de gélatine impure sur laquelle nage une couche de graisse. La graisse d’os est facilement saponi- fiable, surtout lorsqu’elle est obtenue par la méthode indiquée; "toutefois, son rendement en savon est plus faible que pour les autres graisses. La graisse prove¬ nant d’os altérés est très fétide, de couleur sale, eL ne peut être employée que pour la préparation du savon de rebut.

Graisse de cheval.

Se rencontre aujourd’hui assez souvent dans le com¬ merce; possède une couleur faiblement jaunâtre et, comme consistance, tient le milieu entre le suif et le beurre. Donne un savon à beau grain et ferme.

II. Graisses butyreuses.

Sont celles qui, déjà à la température animale, ont une faible consistance et sont molles; par exemple la graisse de porc et le beurre.

Graisse de porc ou axonge, Saindoux.

Possède une couleur d’un blanc pur, sans odeur, facile à préparer et donne d’excellents résultats pour la pré¬ paration des savons de toilette les plus fins; en pra¬ tique, elle a moins d’importance pour le fabricant de savons que pour le parfumeur; elle est, en effet, do

MATIÈRES EMPLOYÉES

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toute utilité pour lu fabrication des pommades et des savons de choix.

Beurre.

Se comporte en général comme la graisse de porc ou saindoux; seulement l’emploi est encore plus limité à cause de son prix élevé et n’est guère employé que pour la fabrication de savons fins ou crèmes et rarement dans la fabrication des savons ordinaires.

Huiles de poisson.

Les huiles de poisson sont nombreuses; elles sont liquides pour la plupart, nous citerons celles de baleine, de phoque et d'autres poissons; on les prépare soit en faisant fondre la graisse de ces animaux, soit en faisant fondre ou pourrir le foie très gras de certains poissons ; la plus grande partie de celle que l’on consomme pro¬ vient de la baleine (balæna australis) et est appelée huile de la mer du Sud.

Une autre sorte fréquemment employée dans le com¬ merce vient de la Russie (Astrakan) et se. distingue par son odeur urineuse, que l’on peut faire disparaître en élevant sa température à 200°.

Blanc de baleine.

Est une graisse qui, à froid, se prend en une masse cristalline; on la retire des sinus frontaux du cachalot. Son prix est tel qu’on ne peut l’employer que pour la fabrication des cosmétiques et des plus fins savons.

B. DES GRAISSES VÉGÉTALES Huiles non siccatives.

Graisses végétales solides ; huiles végétales solides.

Les graisses non siccatives végétales possèdent soit une consistance butyreuse, soit liquide» mais on les

20 MANUEL UU SAVONNIER

nomme huiles dans tous les cas. Les huiles qui se trouvent dans cette catégorie, laissées au contact de l’air, restent liquides et prennent avec le temps une saveur acide et une odeur particulière; en un mot, elles rancissent.

Les huiles nommées huiles de palme, sont employées en grande quantité pour la fabrication des savons, de préférence aux autres, elles fixeront donc particulière¬ ment notre attention. Nous en distinguerons trois caté¬ gories principales : huile de palmier, huile de graines de palmier, huile de coco ou beurre de coco.

H aile de palme.

Elle provient des fruits d’une espèce de palmier origi¬ naire de l’Afrique et de l’Amérique du Sud (elaiis gra- nensis) ; on obtient l’huile par ébullition des fruits épluchés avec de l’eau ; on obtient ainsi une huile ayant l’odeur de racines de violettes. L’huile de palme fraîche fond à 29° centigrades; en vieillissant, son point de fusion' monte à 37° centigrades. D’après ses propriétés chimiques, elle se distingue facilement des autres graisses; elle se compose principalement des glycérides oléique et palmitique, mélangés aux acides gras corres¬ pondants. On explique par la présence des acides gras libres la facile saponitication de cette huile.

Pour la fabrication du savon, il faut blanchir l’huile de palme : ce résultat s’obtient au moyen du bichromate de potasse et de l’acide chlorhydrique. On fond l’huile à blanchir dans une chaudière, on entretient la iusion jusqu’à ce que les matières étrangères, subie etc., se soient déposées. L'huile éclaircie est abandonnée dans une cuve et mélangée à de 1 acide chlorhydrique et du bichromate de potasse. On remue fortement, puis ou

DES MATIÈRES EMPLOYÉES

laisse au repos; le mélange prend alors une belle cou¬ leur verte par la formation de rhlorure de chrome, que l’on trouve après l’opération dissous dans la couehe.d’eau sur laquelle l’huile surnage. La solution de chlorure de chrome peut être employée pour la préparation d’une couleur verte. Pour 1,000 kilogrammes d’huile de palme, on prend 50 kilogrammes d’eau, on y ajoute 15 kilo¬ grammes de bichromate et on y ajoute 60 kilogrammes d’acide chlorhydrique, et on verse ce liquide dans l’huile de palme fondue. Le blanchiment est effectué en un quart d’heure; on débarrasse l’huile des sels qu’elle con¬ tient encore, au moyen du lavage à l’eau chaude ; on obtient ainsi une huile de palme d’une blancheur remar¬ quable. Le blanchiment est cependant une opération coùleuse.

On peut aussi blanchir l’huile de palme en la chauffant en vase dos à 120 ou 130°. Un tuyau part du sommet du vase clos; les gaz se formant par l’ébullition de l’huile se dégagent par là, sont conduits dans le foyer et brû¬ lent, ce qui évite les odeurs désagréables. Les huiles ainsi blanchies ne donnent point un produit aussi blanc que celui obtenu par le procédé précédent, que l’on emploie spécialement pour la préparation des savons fins.

Huile de graine de palme.

Elle est obtenue par la presse des noyaux durs que contiennent les fruits de 1’ « élaiis granensis ». Elle est ferme, brun café, d’odeur analogue à celle du cacao. On la blanchit par la fusion d’environ 1,000 kilogrammes d’huile, en élevant la température à 100°; elle est alors traitée par 5 kilogrammes de bichromate de potasse et 20 kilogrammes d’acide chlorhydrique. L’huile blan¬ chie possède une couleur faiblement rosée et une odeur agréable.

22 MANUEL DU SAVONNIER

Huile de noix de coco.

On en distingue trois variétés commerciales, qui proviennent du « cocos butyracea » et « cocos nuci- fera » : ce sont les huiles de coco de Geylan, de Cochin- chine, de Sydney. L’huile de noix de coco fond vers 20 ou 22°; elle a une odeur désagréable quJune température de 170° fait disparaître en partie.

Au moment delà saponification, l’huile de coco ofiïe des particularités sur lesquelles nous reviendrons.

Huile de Galam.

Appelée aussi Sheabutter, est retirée des fruits du Bassia Parkii en Afrique : couleur rosée, odeur agréable, fond vers 30° centigrades.

Huile de Bassia.

Des semences du Bassia latifolia : verte, odeur agréa¬ ble, fond entre 26 et 28°.

Beurre de muscade.

Obtenu par le broiement de la noix muscade ; il est jaune, d’une odeur agréable de muscade, mais il est rarement obtenu en grande quantité dans le com¬ merce.

Beurre de cacao.

Provient des semences du Theobrama Cacao. Blanc, ferme, rancit difficilement, mais coûte beaucoup trop cher pour être employé dans la fabrication des savons ; réservé à la parfumerie.

Huiles végétales liquides. Huile d’olives.

Tirée des fruits do l’olivier européen, on l’obtient sur le littoral de la Méditerranée par la pression des fruits écrasés. La première et la deuxième pression à froid

DES MATIÈRES EMPLOYÉES 23

donnent une huile presque incolore, de saveur agréable employée pour la cuisine. Par la pression à chaud on obtient une huile spéciale verte, à odeur forte et assez dense ; on l’emploie fréquemment dans la fabrication du savon sous le nom d’huile de bois. Du résidu de la pré¬ paration de cette huile on obtient encore un produit très épais, d’odeur désagréable, servant comme lubrifiant de machines, et appelée huile d’enfer ou huile infecte.

Huile de sésame.

Provient de la semence du sesamum oriental (Indes, Afrique). Elle sert comme huile de table lorsqu’elle est fine; elle est jaunâtre, employée en grande quantité pour la fabrication des savons mous.

Huile d’arachides.

Provient des fruits de l’arachis hypogea (sud de l’Afrique, sud de l’Amérique, et sud de l’Europe) ; vert clair, rancit difficilement, donne de beaux savons blancs sans odeur.

Huile de colza.

Tirée des semences du brassica oleracera, jaune clair, sans odeur; elle livre comme la suivante une odeur très forte.

Huile de navets.

Tirée des graines des « brassica napus et brassica rapa », qui possèdent une forte odeur, une couleur blanche, et donnent difficilement des savons durs.

Huiles siccatives.

Elles possèdent à un haut degré la propriété de se solidifier rapidement à l’air et sont pour cela souvent employées pour la fabrication des siccatifs et des vernis.

IANUEL DU SAVONNIEll

Huile de Un.

Tirée des semences du lin (linum usitatissimum) ; jaune clair, d’odeur spéciale, se distingue en ce qu’elle reste liquide même à une bonne température, donne par saponification avec la soude de beaux savons blancs.

Huile de chèneois.

Tirée des semences du chènevis (canna bis sativa), a une grande ressemblance avec la précédente, offre une couleur verte, donne des savons d’une belle couleur verte.

Huile de tournesol.

Tirée des semences du tournesol (helianthus annuus), peut être employée comme huile de table et pour la saponification, peut être fabriquée en grand dans le commerce.

Huile de graine de coton.

Tirée des-semences du gossipium herbaceum et arbo- reum; préparée comme produit accessoire en grandes quantités ; couleur orangé; solide au-dessous de 0°. Pos¬ sède des propriétés analogues à celles de l’huile de lin. Donne des savons de première qualité. On peut la puri¬ fier et l’obtenir incolore. On l’emploie alors comme huile de table.

Huile de Ricin.

Provient de la pression des semences de ricins com¬ muns (Amérique, Espagne, sud de la France). Elle est presque incolore, sirupeuse. On l’emploie fraîche comme huile de table ; mais à l’air, elle rancit rapidement. Faci¬ lement soluble dans l’alcool, ce qui la distingue des autres huiles; elle fournit de beaux savons blancs trans¬ parents.

DES MATIÈRES EMPLOYÉES

Outre les huiles indiquées ici, on en emploie d’autres dans différents pays. Ce sont, entre autres, l’huile de camellina sati va, l’huile de pavots (papaversomniferum), l’huile d’amandes (amygdalus communis), l’huile de potiron (cucurbila pepo), l’huile de semences de fagus silvutica (huile de faînes).

La plupart de ces huiles sont peu employées pour la fabrication des savons; quelques-unes servent dans la parfumerie comme l’huile d’amandes amères, les autres dans la peinture, comme l’huile de pavots, par exemple.

Acide oléique.

L’acide oléique n’est pas une graisse, mais un produit accessoire obtenu lors de la fabrication des pains de stéarine. Les graisses sont saponifiées, les acides gras séparés et pressés à chaud ; c’est ainsi qu’on obtient l’acide oléique, liquide jaune brunâtre fortement acide. Dans la fabrication des pains de stéarine, la décompo¬ sition des graisses est obtenue par différentes méthodes, et l’acide oléique ainsi obtenu présente aussi différentes propriétés. Les savons obtenus par l’acide oléique dis¬ tillé ne peuvent pas se combiner avec autant d’eau que ceux dont l’acide oléique a été obtenu par la saponifica¬ tion par la chaux L’acide oléique qui, de par sa nature, entre facilement en solution dans la potasse, fournit des savons très mous appelés savons verts. L’acide oléique se saponifie soit par un mélange de potasse et de soude, soit avec la soude seule.

G. RÉSINES

Galipot Colophane.

La résine obtenue par incision de l’écorce de diffé¬ rents conifères, est composée en partie d’essence de

26 MANUEL DU SAVONNIER

térébenthine proprement dite et de résine. Parla distil¬ lation de l’huile de térébenthine, les acides de la résine restent séparés. Ils fournissent avec lesalcalisdes combi¬ naisons qui se comportent avec l’eau comme les sels des acides gras, c’est-à-dire comme les savons; les résines donnent des savons mous et l’on emploie habituellement ceux-ci comme succédanés des autres savons.

Avant d’employer la résine pour la préparation des savons fins, il faut la blanchir, on la fond dans un vase pour faire déposer les corps étrangers. On la maintient en fusion une heure et, à la masse décantée dans un autre vase contenant une solution bouillante d’acide chlorhydrique à 100 kilogrammes de résine, on ajoute 9 kilogrammes d’acide chlorhydrique à Baumé; on fait bouillir une heure et on répète cette même manipulation avec une nouvelle quantité d’acide chlorhydrique jusqu’à décoloration satisfaisante de la masse.

Ici nous ferons une remarque pratique : quelques résines sont réfractaires à cette méthode de blanchi¬ ment; avant de commencer cette opération on fera un essai sur une petite quantité de résine.

Depuis peu on importe d’Amérique une résine de pin très claire et très pure, offrant une couleur d’ambre; cette résine n’a pas besoin d’être blanchie ; par la sapo¬ nification on obtient directement des savons très trans¬ parents.

Appendice à, l’essai des huiles.

Les huiles employées pour la fabrication des savons sont souvent falsifiées par des huiles moins chères; le choix de l’huile n’étant pas sans importance, il est nécessaire de pouvoir reconnaître la fraude. Malheu-

DES MATIÈRES EMPLOYÉES 27

rousement il y a peu de moyens pour déterminer la nature des huiles mélangées et les distinguer entre elles. En ce qui concerne les huiles solides de consis¬ tance butyreuse, il semble que la détermination des points de fusion et de solidification soit un moyen de contrôle. Pour les huiles liquides, le poids spécifique est à prenare en considération. Quant aux produits chi¬ miques et surtout aux réactions colorées, les résultats sont incertains.

Une connaissance parfaite des propriétés de chaque huile en particulier met l’acheteur en garde contre les falsifications. Nous indiquerons rapidement les carac¬ tères distinctifs des huiles.

Pour beaucoup, la densité ou le poids spécifique est le meilleur signe depurelé; outre le fait que le poids spécifique est très rapproché, il faut encore remarquer qu’il est modifié par le repos; d’où l’incertitude du résultat dans cette méthode.

Une preuve simple et vraiment pratique pour déter¬ miner l’identité de deux huiles, est la suivante : on colore en rouge une faible quantité de la graisse à ana¬ lyser avec de YAlcana et on laisse tomber une goutte de cette huile dans l’autre. Si les deux huiles sont les mêmes comme densité, la goutte colorée se placera indifféremment, si l’huile est plus ou moins dense, la goutte tombe au fond ou surnage. La détermi¬ nation du point de fusion ou de solidification des huiles solides ne donne aucun résultat certain, parce que les huiles vieilles ont un point de fusion sensiblement plus élevé.

Les huiles siccatives sont faciles à différencier des huiles non siccatives, ce qui est important pour recher¬ cher le mélange de deux huiles. Pour faire cet essai, on

MANUEL

SAVONNIER

28

fait agiter dans l’huile le gaz formé par un mélange d’acide azotique et de limaille de fer ; les huiles non siccatives seront ainsi transformées en une masse cris¬ talline, les huiles siccatives restent liquides ; ou bien >n recouvre une plaque de verre d’une faible couche d’huile, si à cette huile est mélangée une huile sicca¬ tive, la couche qui so trouve sur la plaque de verre devient visqueuse. Le mélange de résine à l’huile se laisse ainsi reconnaître; on fait bouillir l’huile avec de l’alcool fort, on filtre et on traite par une solution alcoolique d’acétate de plomb ; par la présence des résines, il se forme un précipité floconneux blanc; si l’huile est pure, le liquide est trouble sans formation de précipité.

Si l’huile contient de la résine mélangée, un traite¬ ment à l’alcool enlève cette dernière ; si on a mesuré le volume de l’huile, on peut par cette diminution évaluer la quantité pour cent de résine mélangée.

D. DES ALCALIS

Gomme nous l’avons déjà dit, les alcalis forment par leur combinaison avec les acides gras des savons. Le mot alcali signifie en arabe cendre (al kali); ce genre de corps est en effet retiré des cendres de végétaux ter¬ restres, ou marins, cendres qui contiennent de la soude et de la potasse combinées à l’acide carbonique (carbo¬ nate de potasse et carbonate de soude).

Les carbonates alcalins ont en effet la propriété d’émulsionner les graisses, mais ne les détruisent pas. La propriété de saponifier les graisses appartient seule¬ ment aux alcalis libres, privés d’acide carbonique, aux alcalis caustiques. Lorsqu’il s’agit de préparer des savons de résine, on peut directement employer les carbonates

DES MATIÈRES EMPLOYÉES

29

alcalins; car les acides des résines suffisent à séparer les alcalis et à se combiner à eux.

Les graisses n’ont pas cette propriété et ne forment avec les carbonates alcalins qu'une émulsion, ainsi doue, si l’on veut saponifier la graisse, le f briean! devra toujours employer des alcalis caustiques obtenus à l’aide des carbonates alcalins de soude et de potasse.

La transformation des carbonates alcalins en alcalis caustiques, se fait en les mélangeant de chaux éteinte (oxyde de calcium et eau). Par le mélange aux carbo¬ nates alcalins, la chaux échange son eau contre l’acide carbonique, on obtiendra de la potasse ou de la soude caustique d’après les réactions :

Carbonate de potasse ou de soude :

(Potasse, soude + acide (chaux éteinte

carbonique) Oxyde de calcium + Eau)

Après la réaction :

Potasse, soude + Eau Oxyde de calcium

= (Potasse et soude -+- + acide carbonique

caustiques) = (carbonate de chaux).

Cette transformation des carbonates alcalins en alca¬ lis caustiques se fait le plus souvent à chaud. Remar¬ quons enfin ceci : si- l’on emploie une solution trop concentrée de carbonate, les alcalis caustiques qui se forment ont la propriété de reprendre l’acide car¬ bonique du carbonate de chaux et de se relransformer en carbonates alcalins. Donc, dans cette préparation, on devra observer certaines proportions entre les quantités de carbonates alcalins, d’eau et de chaux éteinte.

Pour la fabrication des savons, on peut, par l’emploi de certains instruments très simples, s’assurer de la quantité de potasse et de soude contenues dans une solu-

30 MANUEL DU SAVONNIER

tion. Alors seulement on déterminera la quantité de chaux à employer. On détermine le titre des solutions de carbonate au moyen d’un aréomètre, se composant d’un tube de verre fermé aux deux bouts, gradué et lesté par du mercure ou des grains de plomb. Plus il y a de potasse ou de soude, moins l’aréomètre plonge; les plus commodes sont ceux qui déterminent le poids spéci¬ fique.

Malheureusement, dans la fabrication des savons, on emploie encore l’aréomètre Baume. Suit une table qui donne les degrés de Bahut é en regard du poids spéci- ficrue ; on peut avec cette table comparer les résultats de deux aréomètres différents.

A cette table, nous en joignons deux autres : la pre¬ mière qui donne la quanlité pour cent de carbonate de potasse d’une solution de densité connue ; la seconde nous donne les mêmes évaluations par la soude. Cette dernière table a deux colonnes : les chiffres de la pre¬ mière colonne se rapportent au bicarbonate de soude cristallisé ; ceux de la seconde au carbonate de soude anhydre.

La soude cristallisée du commerce se compose de soude pure retenant une certaine quantité d’eau de cris¬ tallisation.

l> LOVÉES

DES MÀTIÈI1ES EML

Table I

pour la comparaison de la densité indiquée par les aréo¬ mètres de Baume et l’aréomèLre des poids spécifiques.

spécifique

DEGRÉ

Baume

spécifique

Baumé

spécifique

DEGUÉ

B a u ni é

1.000

0

1.080

11

1.170

22

1.007

1

12

1.185

23

1.014

1.090

13

1.195

24

1.070

3

1.104

14

1.205

1.028

4

1.113

15

20

1.034

5

1.121

10

1 .225

27

1.0-11

1.130

17

1.235

28

1.049

7

1.138

18

1.245

29

1.057

1.147

19

1.250

30

1.004

9

1.157

20

1.312

35

1.072

10

1.100

21

1.375

40

Table II

qui montre la teneur pour cent en carbonate de potasse d’une lessive de densité donnée.

pour 0/0 carbonate dépotasse

spécifique

POUR 0/0 carbon ale dépotasse

spécifique

POUR 0/0 carbonate dépotasse

spécifique

1

1.00914

15

1.14179

29

1 28999

2

. 1.01829

16

1.15200

30

1.30105

3

1.02743

17

1.16222

31

1.312G1

4

1 03058

18

1.17243

32

1.32417

5

1.04572

19

1.18265

33

1 .33573

6

1.05513

20

1.19286

34

1.34724

7

1 .06454

21

1.20344

35

1.35885

8

1.07396

22

1.21402

36

1.37082

9

1.08337

23

1 .22459

37

1.38279

10

1.09278

24

1.23517

38

1.39476

11

1.10258

25

1.24575

39

1.40673

12

1.11238

26

1.25681

40

1.41870

13

1.12219

27

1 1 26787

45

1.48041

14

1.13199

28

1.27893

50

1.54408

32

MANUEL DU SAVONNIER

Table 111

qui montre la teneur pour cent en carbonate de soude d’une solution de densité donnée.

E. DU SEL DE CUISINE

Le sel de cuisine se vend dans le commerce, sous forme soit de masses grisâtres cristallines, soit de petits cris¬ taux ; le sel dit de fabrique employé pour la fabrication du savon est habituellement dénaturé dans les pays l’État le monopolise, en y ajoutant un corps odorant qui en rend l’usage impossible.

TIÈRES EMPLOYÉES

Le fabricant peut employer n’importe quel sel, à la condition qu’il soit suffisamment pur. Si le sel contient des substances insolubles dans l’eau (gypse), le sel sera traité dans un vase par l’eau et la solution concentrée sera décantée.

F. DE L’EAU

L’eau qu’il faut employer doit être parfaitement pure. Si on n’a pas d’eau claire, elle devra être filtrée au tra¬ vers du sable. Pour cette opération, on dépose sur le fond d’une cuve deux couches de sable superposées ; la supérieure est de sable à gros grain, l’inférieure est de sable lin, et on les dispose de façon que la transition de l’une à l’autre soit progressive. On verse l’eau impure par-dessus, et l’eau qui s’écoule inférieurement est privée de particules solides en suspension, celles-ci étant rete¬ nues par les couches de sables.

La fabrication du savon se décompose en plusieurs opérations principales; d’abord la préparation des al¬ calis, l’ébullition du savon, le moulage.

A côté de ces opérations principales, il y en a plusieurs autres qui ont reçu un nom spécial. L’affinage, le fou¬ lage, le marbrage, par exemple. Par l’emploi de vapeur d’eau, la saponification a changé de face dans l’industrie. Nous la décrirons dans une partie spéciale de cet ouvrage.

Pour les grandes fabriques, en particulier, la prépa¬ ration du savon par la vapeur d’eau est recommandable, car une fabrique travaille ainsi plus facilement, à meil¬ leur comple, livre des produits plus uniformes que ceux qui n’emploient pas cette méthode.

Une spécialité, dans la préparation des savons, est la préparation des savons de luxe et de toilette, que nous recommandons tout spécialement aux petits fabricants, car leur préparation est facile et productive,

3

IV. PRÉPARATION DES LESSIVES ALCALINES

Tandis qu’autrefois les alcalis dont les fabricants de savon se servaient provenaient des cendres de bois, aujourd’hui cette préparation devient, de plus en plus rare. Les fabriques de produits chimiques fournissent les carbonates alcalins et les bases caustiques à des prix tels que le fabricant de savon peut les acheter tout préparés.

Nous dirons cependant, que pour le petit fabricant l’emploi des cendres de bois est très recommandable, en raison du bon marché de la matière première.

D’après l’ancienne pratique de la fabrication de carbo¬ nates alcalisés, on les prépare à froid et l’on extrait le carbonate alcalin des cendres de bois. Cette méthode vieillie ne s’emploie plus que dans les petites fabriques, dans les régions l’on brûle du bois. Le charbon de terre contient très peu de carbonate de potasse, mais des sulfates et des phosphates. Il est donc inapplicable ici.

Avec la cendre de bois, on épuise d’abord la cendre par l’eau et on obtient une solution de carbonate de potasse dont on détermine le titre par l’aréomètre, alin de la traiter comme nous l’avons indiqué.

Le plus souvent cela n’est pas possible et le titre de la solution est déterminé d’une façon tout à fait empi¬ rique; et cependant c’est un point capital pour io fabricant.

Par l'ancienne méthode, on n’obtenait que peu d’al¬ calis concentrés. On opère aujourd’hui autrement; la cendre est débarrassée par le crible des pierres et des

PRÉPARATION DES LESSIVES ALCALINES

35

morceaux de charbon, elc. On forme avec ces cendres des tas dont on évide le sommet. La cavité est remplie de fragments de chaux vive, et l’on asperge avec de l’eau. La chaux se combine à l’eau avec dégagement de cha¬ leur et se débite en une poudre fine de chaux éteinte insoluble.

On mélange ensuite le tout bien intimement avec une pelle de bois et on le porte dans un vase appelé cen¬ drier (A). Si celui-ci est en bois, l’alcali caustique l’attaquera rapidement; il vau¬ dra mieux le con¬ struire en fer (fig. 1).

Au-dessus du fond de ce cendrier, il existe un robinet (H) pour évacuer le li¬ quide et un tuyau (R) i qui arrive jusqu’au bord supérieur du cendrier. A quelque distance au-dessus du fond du cendrier se trouve un tamis (S) recouvert d’une toile grossière. On remplit l’appareil d’un mélange de cendres de bois et de chaux éteinte. On laisse couler l’eau jusqu’à ce qu’elle dépasse un peu la couche de cendres de bois. L’air comprimé par l’eau se dégage par le tuyau (R). Le cendrier est disposé de telle sorte que le liquide qu’il contient puisse s’écouler dans un bassin profond ou récipient à lessive (L). Après 5 à 6 heures, la lessive est devenue caustique, ce que l’on reconnaît à ce qu’une quantité filtrée ne donne plus de gaz avec l’acide chlorhydrique.

Fig. 1.

36 MANUEL DU SAVONNIER

Un grand nombre de fabricants de savon préfèrent ne retirer la lessive que de 12 à 30 heures après, précaution bien inutile en ce sens que, loin de s’améliorer, la les¬ sive se détériore en dissolvant une certaine quantité de sels difficilement solubles contenus dans les cen¬ dres.

La première lessive obtenue a généralement une den¬ sité de 1,157 à 1,205 (20 à 25° Baumé).

Après avoir soutiré la lessive, on recommence avec la même quantité d’eau et on obtient une seconde lessive de 1,057 à 1,072 (8 à 10° Baumé).

La troisième lessive donne la lessive faible de 1,020 à 1,028 au plus (2 à Baumé).

Une quatrième lessive donne un produit très faible que l’on emploie pour remplir un nouveau cendrier.

La cendre ne contient en général que 5 à 8 pour cent de carbonate de potasse pur; les lessives obtenues des cendres seront soit purifiées, soit traitées direc¬ tement.

Pour fabriquer de la potasse ou de la soude caustiques, on emploie, pour 100 parties de carbonate de potasse, 40,5 parties de chaux, et pour 100 parties de carbonate de soude, 53 parties de chaux.

Mais comme les sels du commerce n’ont jamais la valeur de cent pour cent, la quantité de chaux est géné¬ ralement trop grande.

On prend de préférence la chaux qui est bon marché eh excès. D’ailleurs qu’il soit bien entendu que dans la pratique on n’obtient jamais de lessive absolument dé¬ pourvue d’acide carbonique. Ce n’est pas un désavantage sérieux pour obtenir d’ailleurs de bons savons.

Bien plus souvent au lieu d’employer les cendres, on fabrique la lessive directement avec les carbonates alca-

PRÉPARATION DES LESSIVES ALCALINES 37

lins. On emploie alors des récipients en tôle chauffés par la flamme ou la vapeur. Le couvercle peut être sou¬ levé par une chaîne maintenue par une poulie. Une écumoire assez grande pour contenir la quantité de potasse ou de soude nécessaire pour faire la solution, est suspendue à cette chaîne. Le récipient doit être assez grand pour contenir un poids d’eau égal à 10 fois celui de la potasse.

On remplit la caisse d’eau ou de solution faible obtenue par une opération précédente; on plonge Vécu- moire remplie de potasse et de soude et on fait bouillir; on remplit alors Y écumoire de chaux, on porte de nou¬ veau à l’ébullition pendant une demi-heure et on laisse le feu s’éteindre. Le carbonate de chaux ainsi formé tombe rapidement au fond et la lessive, devenue claire, sera portée toute chaude dans le récipient à lessive caustique. Si l’on travaille avec de la vapeur, on injecte la vapeur par un tuyau dans le vase et on porte ainsi rapidement à l’ébullition.

Cette première lessive est très forte et possède une densité variant ordinairement entre 1,157 et 1,205 (soit 20 à 25° Baumé). La chaux retient encore de notables quantités d’alcali caustique. En l’épuisant avec de l’eau, on obtient une première fois une lessive d’une densité d’environ 1,113 (15° Baumé), puis, une seconde fois, une lessive de 1,072 (10° Baumé). 11 est bon de conserver ces lessives de forces differentes dans des récipients sé¬ parés. Une quatrième addition d’eau n’a d’autre but que d’extraire les dernières traces d’alcali et la solution obtenue sert à la place d’eau pour une prochaine opé¬ ration.

Lorsqu’on a été obligé d’employer de la potasse ou de la soude très impure, ou lorsqu’on veut utiliser la lessive

38 MANUEL DU SAVONNIER

pour saponifier l’huile de coco, il faut concentrer la lessive par l'évaporation. Cette dernière, versée encore chaude uans (Tes bassins en fer peu profonds, est mai >- tenue continuellement à l’état d’ébullition: pi . de masse de vapeur qui se dégage du liquide empêche qu’il n'absorbe de l’acide carbonique (les alcalis caus¬ tiques attirent en effet ce dernier avec une p ramie avi¬ dité).

On continue l’évaporation jusqu’à ce que les lessives aient 30° Baumé, concentration à laquelle la majeure partie des sels étrangers, mélangés aux lessives, cristal¬ lisent par le refroidissement.

Les lessives destinées à la saponification de l’huile de coco doivent être concentrées à 40° Baumé.

Les récipients à lessives, établis de préférence de façon à ce que le couvercle soit au niveau du plancher, doivent être construits en tôle de fer et être hermétiquement clos, sinon les lessives perdraient, à la suite d’un séjour prolongé, une. partie de leurs qualités caustiques et ab¬ sorberaient l’acide carbonique de l’air.

Une pompe fixée dans le récipient sert à transvaser la lessive dans la chaudière à saponifier.

L’appareil qui convient le mieux pour mesurer com¬ modément la quantité de lessive d’une densité donnée, nécessaire pour une certaine quantité de matière grasse, est un vase d’une contenance d'environ 1,000 litres, muni d’un indicateur de niveau (tube en verre fixé sur un des côtés du récipient et dans lequel le liquide s’élève au même niveau que dans ce dernier); à ce tube est joint une échelle graduée permettant de mesurer l’écou¬ lement du liquide de 10 en 10 litres.

Ce vase est placé de façon à ce qu’on puisse le vider directement dans la chaudière de saponification et le

préparation des lessives alcalines 39

remplir à nouveau au moyen de la pompe du récipient à lessives.

Les dimensions de la chaudière et du récipient, à lessives dépendent naturellement de l’importance de la fabrique; il est cependant toujours bon de donner à ces appareils d’assez grandes dimensions, car on réalise par cela une grande économie de combustible et de main- d’œuvre.

Comme il est actuellement d’usage d’acheter toujours les carbonates alcalins titrés, c’est-à-dire avec un tant pour cent garanti en carbonate de potasse ou de soude pur, il est facile de calculer la quantité de chaux néces¬ saire pour rendre caustique une quantité donnée de carbonate alcalin.

11 faut, pour enlever complètement l’acide carbonique à 68,68 parties en poids (un équivalent) de carbonate de potasse, 27,88 parties en poids de chaux caustique, c'est- à-dire que 100 parties de carbonate de potasse nécessi¬ tent 40,6 parties de chaux.

Le rapport des équivalents pour la soude sera.au con¬ traire le suivant: 53 parties en poids de carbonate de soude nécessitent 27,88 parties de chaux, ou 100 de soude, 52,83 de chaux.

11 faut cependant toujours admettre en faisant ces calculs que les carbonates alcalins, aussi bien que la chaux, sont absolus, c’est-à-dire chimiquement purs, ce qui n’est pas le cas dans la pratique. Les tableaux sui¬ vants indiquent les quantités de chaux correspondant à 100 parties en poids de potasse ou de soude de diverses contenances en tant pour cent. L’emploi de ces tableaux rend au praticien tout calcul inutilo.

40

MANUEL DU SAVONNIER

En ce qui concerne la quantité d’eau que l’on emploie pour dissoudre les carbonates alcalins, il en faut moins pour la soude que pour la potasse. 11 en faut pour cette dernière environ la dixième partie en poids de la quan¬ tité réelle du carbonate de potasse pur ; pour la soude, la

PRÉPARATION DÉS LESSIVES ALCALINES 4l

neuvième partie de la quantité de carbonate de soude suffit. Il est vrai que de cette façon, ainsi qu’il a déjà été dit, on n’obtient jamais une lessive complètement caus¬ tique et qu’une faible quantité de carbonate alcalin n’est pas décomposée. Mais cettequantité n’a aucune influence sur la réussite de la saponification.

Préparation de la lessive en employant la soude caustique solide.

Beaucoup de fabriques de produits chimiques livrent actuellement au commerce de la soude caustique solide à des prix modérés et l’emploi de ce produit est très commode pour le fabricant de savon.

La soude caustique est si facilement soluble dans l’eau qu’il est parfaitement inutile d’employer la chaleur pour la dissoudre; on suspend tout simplement dans l’eau un récipient en tôle muni d’un filtre sur lequel on place les morceaux de soude, de telle façon que l’eau soit, juste en contact avec eux ; la dissolution complète de la soude a lieu en peu de temps et le liquide s’échauffe forte¬ ment.

Il est facile d’obtenir de cette manière, à tous les degrés de concentration possibles, des lessives voulues. L’on pourra les employer d’abord en place des solutions de sel de cuisine pour séparer le savon de ses solutions et plus tard pour la cuisson même du savon.

Essai des lessives comme teneur en alcalis caustiques.

Il est d’une grande importance pour le fabricant de savon de pouvoir déterminer exactement la quantité d’alcali -contenue dans une lessive, car c'est le seul moyen qui lui permette de calculer la quantité des

MANUEL

SAVONNIER

42

matières grasses qu’il peut saponifier avec une quantité donnée de lessive.

La méthode par titrage ou analyse quantitative est la plus exacte, mais exige certaines connaissances chi¬ miques, aussi la plupart des praticiens préfèrent-ils y employer le densimètre et déterminer avec cet instru¬ ment la quantité en tant pour cent d’alcali caustique contenu dans la lessive. On construit aussi des balances dites à lessive qui indiquent directement en tant pour cent la teneur en potasse ou en soude caustique sur deux échelles séparées, dont l’une pour la potasse et l’autre pour la soude.

Les tableaux suivants, calculés pour l’emploi des den- simètres et des aréomètres Baumé, indiquent en tant pour cent, avec une précision très suffisante pour la pra¬ tique, la teneur des lessives en alcalis caustiques, ainsi que la quantité de matières grasses que l’on veut saponi¬ fier avec 50 litres de solution.

Il faut veiller, en faisant usage de ces tableaux, que la température de la lessive soit exactement 15° centi¬ grades pendant la détermination, parce queces tableaux cesseraient d’être exacts pour toute autre température.

Ces tableaux montrent clairement que l’on obtient le même résultat pour la saponification de matières grasses avec une plus petite quantité de soude caustique qu’en faisant usage de potasse caustique.

Si donc, les conditions d’achat de carbonate de potasse, soit sous forme de potasse, soit sous celle de cendres de bois ne sont pas très favorables, il ne peut resLer aucun doute au fabricant de savon pour se résoudre à faire usage de la soudé; le fabricant choisira comme base de fabrication, soit de la soude calcinée (anhydre), soit de la soude calcinée contenant

PRÉPARATION DES LESSIVES ALCALINES

43

Tableau des lessives de potasse caustique.

LA LESSIVE

CONTIENT en p. 0/0 de potasse caustique anhydre

1.2966 1.2803 1.2618 1.2493 1.2312 1.2208 1.2122 1.1979 1.1839 1.1702 1 . 1508 1 1437 1.1308 1.1182 1 . 1059 1.0938 1.0819 1.0703 1.0589 1.0478 1.0309 1.0200 1.0153 1.0050 1.4285 1.4193 1 4101 1.4011 1.3923 1.3830 1.3751 1.3008 1.3587 1.3505 1.3476 1.3349 1.3273 1.3198 1.3143 1.3125 1.3013 1.2982 1.2912

37.3 30.7 36.0 35.0

34.5 34.2 34.0

33.5 33.0

32.4

28.290 27.158 . 20.027 24.895 23.764 22 632 21.500 20.935 19.803 18.671 17.540 16.408 15.277 14.145 13.013 11.822 10 750 9.619 8.437 7.355 6.214 5.022 3.961 2.829 1.697 0.566 30.220 29.616 29.017 28.407 27.802 27.200 26.594 25.989 25.385 24.780 ■24 176 23.572 22 967 22.363 21.894 21.758 21 154 20.550 19.945

105.5

102.5 96.5

53.5 49 5

44.5

203 25

197.85

192.50 187 15 182.00

176.85 171.80 166 75 161 85 157.00

152. 15 147.05 142.70

139.15 138.10 133.55 129.00

125.50

44

manuel du savqnnieb

un poids d’eau déterminé, soit aussi de la soude cris¬ tallisée.

V. FABRICATION DU SAVON

La combinaison des acides gras avec l’alcali et la sépa¬ ration simultanée de la glycérine et du savon dans le liquide même se fait par la saponification, ce mot étant pris dans son sens général.

FAMUCATION DU SAVON 45

Pris clans ün sens restreint, ce terme de saponifi¬ cation ne comprend que la formation des sels des acides gras.

Nous avons à tenir compte de plusieurs opérations différentes les unes des antres, suivant la marche adop¬ tée dans la pratique pour la fabrication du savon et qui sont dénaturé tantôt chimique tantôt physique.

En suivant l’ordre dans lequel ces opérations se sui¬ vent, nous avons :

La saponification. Formation des sels des acides gras par l’action de l’alcali sur la matière grasse ;

La salaison ou séparation du savon et de la solu¬ tion dans l’eau ;

Clarification par la cuisson. Saponification complète des matières grasses qui pourraient se trouver non encore saponifiées. Cette opération n’est pas néces¬ saire pour toutes les sortes de savons;

L’affinage. Cette opération consiste à éliminer du savon les impuretés qui pourraient y être mélangées mécaniquement et à l'additionner d’une certaine quan¬ tité d’eau ;

Le marbrage du savon. Opération dans laquelle on produit les marbrures et les taches particulières que l’on remarque dans les savons. Pour plusieurs espèces de savons, l’une ou l’autre de ces opérations n’ont pas lieu ; le procédé par la vapeur diffère aussi quelque peu de celui à feu nu.

Un des chapitres suivants est consacré à la fabrication de divers genres de savons, ainsi qu’à la fabrication par la vapeur; ce que nous venons d’exposer jusqu’ici n’est qu’un énoncé général qui doit servir de préambule et de guide, et nous commencerons par la description du plus ancien procédé, celui à feu nu.

46 MANUEL DU SAVONNIER

Nous le ferons ainsi parce que c'est le procédé le plus ancien ; mais quoique beaucoup de fabricants de savons s’en tiennent encore strictement à lui, il n’est plus en rapport avec noire époque et nous paraît onéreux, non seulement au point de vue du matériel, mais encore à celui de la main-d’œuvre et du temps employé.

D’après 1 ancien mode de fabrication, toutes les cuites se font à feu nu et toutes les manipulations à la main, tandis que d’après les nouvelles méthodes on ne fabrique plus qu’à l’aide de la vapeur et de forces mécaniques.

Dans 1a. fabrication en grand, l’ancien procédé ne peut même pas entrer en concurrence, tant en ce qui concerne le bon marché de la main-d’œuvre qu’en ce qui concerne le maniement des masses à travailler.

VI. DE LA SAPONIFICATION EN GÉNÉRAL

la Formation de la masse savonneuse.

La cuisson du savon à feu nu se fait dans de grandes chaudières en fer battu ou en fonte; mais le ferbaLlu est préférable.

Une chaudière en fonte, en ce qui concerne son achat, revient à meilleur marché qu’une chaudière en fer, mais doit être remplacée par une neuve dans le cas une fissure se produirait, ce qui arrive assez fréquem¬ ment, tandis que l’on peut facilement réparer à plusieurs reprises une chaudière en fer battu en rivant une plaque de tôle sur la partie endommagée.

Les dimensions de la chaudière dépendent naturelle¬ ment de l’importance de la fabrique. On la choisit en général de façon à ce que l’ouvrier puisse remuer avec la spatule la masse qu'elle contient.

DE LA. SAPONIFICATION EN GÉNÉRAL 47

La capacité de la chaudière doit être proportionnée à la masse de matières grasses à saponifier en une seule fois, de sorte que pour 100 kilogrammes de graisse, il reste environ un demi-mètre cube de libre. Mais comme il faudrait déjà une chaudière de fortes dimensions, même pour des quantités de graisse relativement faibles, et que la partie inférieure seulement de la chaudière a besoin d’être en contact avec le feu, on ajoutera la chau¬ dière Ii (lig. 2), une rallonge S, construite soit en bois,

Fig. 2.

soit en maçonnerie et qui constitue la majeure portion de la chaudière. La chaudière et sa rallonge présentent ensemble la forme d’un cône renversé dont les parois forment un angle obtus.

La chaudière doit être de préférence établie de façon à ce que le foyer F, la chaudière K et une partie de la rallonge S, se trouvent situés en dessous du plancher M, et que ce dernier ne soit séparé, par la partie supérieure de la rallonge, que de 70 centimètres à un mètre.

Pour ne pas perdre de chaleur, on conduit les gaz de combustion, après qu’ils ont léché le fond et les parois de la chaudière, en dessous de la chaudière à lessive L, avant de les faire évacuer par la cheminée E. On peut

48 MANUEL DU SAVONNIER

ainsi, sans autres frais, évaporer fortement les lessive» et par conséquent les concentrer , ce qui dans certains cas, présente un grand avantage.

Pour ne pas être obligé d’enlever au moyen d’une pompe spéciale la lessive qui se rassemble au fond de la chaudière, on adapte souvent au fond de celle-ci un tuyau H qui permet à la lessive de s’écouler dans un récipient B. Il est important d’établir la maçonnerie de

Fig. 3.

telle sorte, que la partie inférieure de la chaudière puisse être enveloppée de tous côtés par les gaz de combustion.

La fig. 3 montre en coupe la disposition à donner à la maçonnerie, et la fîg. 4 l’indique en plan. Les flèches montrent la direction des gaz.

Lors de la saponification, on introduit dans la chaudière la quantité voulue en poids de matières grasses et la proportion de lessive déterminée parles tableaux donnés .plus hautj puis on porte le mélange à l'ébullition.

DU LA SAlîONIKlÇSATlON UN

49

L’on procède à l’ordinaire en ajoutant la graisse peu à peu à la lessive. La masse entière se transforme bientôt en un liquide laiteux produit par la séparation de la graisse en petites gouttes. Ce liquide s’éclaircit après un certain temps si les proportions ont été bien gardées, et la formation de la masse savonneuse a lieu.

Il est rare que l’on arrive à obtenir une proportion de graisse et de lessive assez exacte pour que toutes deux se transforment entière¬ ment en savon; un excédent de l’une ou de l’autre de ces matières se reconnaît à ce que la masse reste très long¬ temps trouble. Dans la pratique, on détermine par essai laquelle des deux matières, de la graisse ou de la lessive, est en trop grande ou en trop faible quantité ; cet essai consiste à laisser refroidir sur l’ongle ou sur une plaque de verre une goutte du liquide contenu dans la chaudière.

Un excédent en graisse se reconnaît alors à ce qu’il se forme un cercle graisseux et transparent, d’une teinte plus claire, autour de la goutte blanchâtre et solidifiée qui s’est formée.

La goutte reste-t-elle longtemps trouble, c’est l’indice qu’il y a excédent de lessive. Enfin, lorsque les propor¬ tions sont exactes, la goutte perd rapidement son appa¬ rence trouble et se prend en une masse visqueuse.

L’habitude fait de cet eusai sur l’ongle ou sur une

Y

MANUEL

SAVONNIER

50

plaque de verre, un moyen très pratique d’essayer la masse savonneuse.

Lorsque les proportions ne sont pas justes, on ajoute de petites quantités de lessive ou de graisse jusqu’à ce que l’essai indique une proportion exacte.

Il n’est point indifférent d’employer pour la formation de la masse savonneuse une lessive forte ou faible; sa force dépend au contraire de la nature de la graisse à saponifier. Car tandis que certaines graisses se saponi¬ fient déjà sous l’influence de lessives, d’autres, telles que l’huile de coco, nécessitent l’emploi de lessives très con¬ centrées. Nous reviendrons sur ce sujet en le traitant plus à fond, lorsque nous traiterons des diverses sortes de savons.

A ce moment de l’opération, la masse savonneuse se trouve, dans la chaudière à saponifier, mélangée à la glycérine qui, avant la décomposition delà graisse, était combinée avec les acides gras.

L’opération chimique qui a eu lieu est la suivante

Avant la formation de la masse savonneuse, on a :

Matières grasses = Lessive =

Acides gras 4- glycyloxyde Potasse (ou soude) + eau.

Après la formation de la masse savonneuse on a :

Savon = Glycérine

Acides gras + potasse (ou soude) Glycyloxyde + eau.

Suivant que l’on a fait usage de lessives de potasse ou de soude, on obtient des sels gras de potasse ou de soude.

La lessive de potasse ne donnant par elle seule que des savons très mous (savons liquides), on les transforme en savons à la soude ou bien on compose un mélange de savons à la soude et à la potasse.

On opérait autrefois cette transformation de savons à

DE LJ

NIFICj

GÉNÉRAL

la potasse en savons à la soude uniquement au moyen de sel de cuisine et on lui a donné pour cette raison la dé¬ nomination de salage du savon.

Le salage.

Cette opération a un but double ou bien unique, sui¬ vant que l’on travaille avec une lessive de potasse ou de soude. Dans le premier cas, il s’agit de transformer le savon à la potasse en savon à la soude et de le séparer dans l’eau de sa solution en l’isolant de la glycérine. Dans le second cas, la transformation n’est pas néces¬ saire. Pour les savons à la soude, le salage n’a donc d’autre but que de rendre le savon insoluble et de le séparer de la glycérine.

Le sel de cuisine ou chlorure de sodium a la propriété de se décomposer en présence d’un sel gras de potasse, en formant un sel gras de soude et du chlorure de po¬ tassium. Il rend en outre le savon insoluble dans l’eau et le sépare de sa solution.

Certains savons, cependant, tels que le savon d’huile de coco, font exception à cette règle, restant solubles même dans un liquide fortement additionné de sel de cuisine.

Pour ces sortes de savons, le salage s’opère au moyen de lessives très concentrées qui, par l’éva¬ poration, déterminent également la séparation du savon.

La réaction chimique produite lors du salage de la masse savonneuse préparée par lalessive.de potasse, est la suivante :

Avant le salage on a :

Savon à la potasse =

Acides gras + potasse

Sel de cuisine Sodium + chlore

52' manuel du savonnier

Après la salaison on a :

Savon à la soude Chlorure de potassium =

A odes gras + soude Putas>ium chlore.

La transformation du savon à la potase en savon a la soude a lieu très rapidement après 1 addition de sei et par une cuisson continue, et l’on a la faculté, dans la majeure partie des cas, de transformer tout le savon à la potasse en savon à la soude ou de n’opérer la transfor¬ mation qu’à demi, de façon à obtenir un mélange des deux sortes de savons.

Le savon, ainsi séparé de la solution, surnage sur un liquide aqueux, nommé lessive basse, qui, à part la glycérine et le chlorure de potassium, contient encore les autres sels qui se trouvaient dans la lessive, les ma¬ tières colorantes, etc.

Si l’opération a été bien conduite, la lessive mère ne contiendra plus qu’une très faible quantité de sel de cui¬ sine, soit 1 à 1/2 pour cent; si l’on a trop forcé la dose de sel, ce dernier se trouvera dans la lessive mère, et il en résultera naturellement une perte.

Suivant l’ancien procédé, et pour des savons fins, on saponifiait sur la deuxième, troisième et même sur la quatrième eau, c’est-à-dire que l’on décantait la lessive mère, on faisait dissoudre le savon dans l’eau, puis l’on salait en répétant cette opération deux ou trois fois, ce qui permettait d’obtenir des savons toujours plus fins.

La clarification.

Cette opération a pour but, à part ce que l’on appelle le dressage , de saponifier compleiement la graisse qui n’aurait pas encore été décomposée, mais elle doit être considérée comme tombée en désuétude, car on peut la supprimer complètement, en apportant plus de soins à la cuisson de la masse savonneuse.

53

DE LA SAPONIFICATION EN GÉNÉRAL

On faisait dissoudre le savon passé au sel dans une lessive faible, puis cuire, passer au sel, puis cuire'de nouveau un certain temps avec la lessive qui se formait pendant l’opération.

On met actuellement, ainsi que nous l’avons dit, plus de soins à la formation de la masse savonneuse, ce qui permet de supprimer complètement la clarifi¬ cation.

Ce que les fabricants de savon désignent encore au¬ jourd’hui par clarification, devrait plutôt s’appeler cuite,. car cette opération sert à rendre le savon terminé plus anhydre.

Pendant , la clarification le savon monte et écume beaucoup, et les vapeurs en s’élevant forment de grosses bulles.

Lorsque la cuite a été poussée assez longtemps pour qu’une goutte d’essai pressée entre le pouce et l’index se comprime en plaque, on dit que le savon granule, c’est-à-dire qu’en refroidissant le savon se solidifie en une masse aussi déshydratée que possible.

On fabrique actuellement beaucoup plus rarement des savons granulés, parce que l’on exige, surtout pour les savons de toilette fins, qu’ils se dissolvent rapidement dans l’eau en moussant beaucoup, qualités qui manquent aux savons granulés, mais qui peuvent leur être données par l’opération suivante, l’affinage.

L'affinage.

On charge le savon sur la lessive qui reste après la fabrication de la masse savonneuse et l’on pousse acti¬ vement le feu, de façon à ce que la lessive soit constam¬ ment, rejetée au-dessus. On continue à chauffer jusqa’à ce qu’il se forme de grandes plaques de savon et que ce

54 MANUEL DU SAVONNIER

dernier prenne sur toute sa surface une teinte jaune foncé. A ce moment, on enlève le feu, on laisse reposer le savon pendant une heure, afin que les matières étran¬ gères puissent se déposer et l’on transvase le savon dans des baquets nommés formes.

L’affinage, tel que nous venons de le décrire, se nomme l’ affinage par le haut. Mais lorsqu’on opère avec des produits très impurs, on procède par affinage par en bas, dans lequel on enlève la lessive mère et l’on ajoute de la lessive additionnée de sel, afin d’empêcher la formation de la masse savonneuse.

De même que l’afllnage est passablement tombé en désuétude, l’opération dite du mouillage n’est plus guère en usage. Le mouillage a, comme l’affinage, pour but d’augmenter la teneur en eau du savon; on introduit pour cela de l’eau dans le savon que l’on veut solidifier, en agitant ce dernier.

Nous ferons cependant remarquer que seul le mouil¬ lage par ce procédé ne se pratique plus, car certains fabricants le pratiquent d’une autre manière, sur une si grande échelle, que la teneur en savon en est, dans quelques-uns de leurs produits, tellement diminuée, que c’est à peine si ces produits méritent encore le nom de savon.

Le marbrage.

On entend par marbrage, la création des dessins sem¬ blables à ceux du marbre, et que l’on est habitué à voir sur certaines sortes de savons. Ces dessins proviennent de ce que l’acide stéarique et le palmitinate de soude cristallisent, lors d’un refroidissement lent du savon, en alternant avec des couches de sels gras de soude qui sont beaucoup plus transparents.

La plupart des matières colorantes présentes dans le

DE LA SAPONIFICATION EN GÉNÉRAL 55

savon se déposent clans ces sels de soude et donnent l’apparence marbrée.

Le marbrage peut donc s’obtenir par un refroidisse¬ ment lent du savon; mais ce marbrage naturel est trop faible pour la plupart des genres de savons, et beaucoup de fabricants le renforcent par une addition de sulfate de fer pendant la cuisson. La lessive précipite du sulfate de l’oxyde de fer qui donne un marbrage gris-bleu, pas¬ sant après quelque temps à une teinte rougeâtre, pro¬ duite par la transformation de l’oxyde en hydroxyde.

Le marbrage naturel provient aussi de la présence de composés ferrugineux, tels que d’oxydes de fer (savon ferrugineux) et du sulfure de fer. Les composés ferrugi¬ neux se trouvent ou bien déjà mélangés à la lessive sous forme d’impuretés, ou bien y sont introduits par les ustensiles en fer dont on fait usage. Beaucoup de fabri¬ cants produisent le marbrage en ajoutant vers la fin de la cuisson du noir de vigne (40 ou 80 grammes pour 1,000 kilogrammes de savon) pour obtenir un marbrage gris et du bolus rouge (100 à 150 grammes pour 1,000 kilogrammes de savon) pour obtenir un marbrage rouge.

Nous venons de décrire d’une manière générale les opérations en usage dans la fabrication des savons; mais ainsi que nous l’avons dit, il se présente lors de la fabri¬ cation des divers genres de savons, ainsi que suivant l’emploi des diverses sortes de graisses, certaines modi¬ fications dans la manipulation, sur la description des¬ quelles nous reviendrons en parlant de chaque genre de savon en particulier.

Depuis que la savonnerie (du moins lorsqu’on fabrique en grand) n’emploie presque plus que des lessives de soude et beaucoup plus concentrées qu’autrefois et

56 MANUEL DU SAVONNIER

depuis que la saponification par la vapeur s’implante de plus en plus, on a apporté dans la fabrication de presque chaque espèce de savon des modifications importantes et très essentielles sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir.

VII. - CLASSIFICATION DES SAVONS

On peut diviser les savons en deux grands groupes, suivant leur nature et qui se distinguent l’un de l’autre, tant par leurs qualités physiques que par leurs propriétés chimiques.

Ce sont les savons durs et les savons mous.

Les premiers se distinguent par leur assez grande du¬ reté qu’ils conservent même lorsque leur teneur en eau est importante. Tout au contraire, les savons mous con¬ servent la consistance molle du beurre, lors même que leur teneur en eau serait faible.

T Savons durs.

Les savons durs sont toujours des savons à la soude, produits soit par salaison d’un savon à la potasse, soit par saponification directe avec une lessive de soude. On dis¬ tingue dans les savons durs deux espèces : A les savons granulés et B les savons gélatineux.

A. SAVONS GRANULÉS

Savons granulés proprement dits. On désigne sous ce nom tous les savons dont on a séparé l’eau en excé¬ dent et la glycérine au moyen du salage.

Les savons ra/Jlnês ou mouillés sont des savons gra¬ nulés recuits une seconde fois avec une lessive faible ou même avec de l'eau , ils contiennent ut va mage d’eau et sont à cause de cela même à l’ordinaire plus-tendres et plus transparents que les précédents.

CLASSIFICATION DES SAVONS 57

B. SAVONS GÉLATINEUX

Ces savons sont préparés en laissant solidifier le savon cuit, c’est-à-dire la masse savonneuse. Ils contiennent tous de la glycérine qui entrait dans la composition des graisses employées, ainsi que de l’eau ajoutée à la lessive. Leur teneur en eau est toujours très forte (40 pour cent) et s’élève même à 75 pour cent pour quel¬ ques-uns d’entre eux. Malgré cette énorme quantité d’eau, quelques-uns de ces savons possèdent encore une grande dureté.

On distingue, suivant la nature des graisses employées, les principales espèces de savons suivantes, que nous nommons suivant le rang qu’ils occupent proportionnel¬ lement à leur production : savions granulés , savons de suif, savions d’huile (savons de Venise, de Marseille), savons d’oléine (savons d’acide oléique), savons d'huile de palme . savons de cire, (fabriqués avec diverses sorLes de graisses), savons de résine, savons de gélatine , savons de coco , savons suisses, savons de déchets de suif , savons résineux transparents, savons d’orange. Nous pouvons aussi ranger ici les savons spéciaux que l’on désigne sous le nom de savons de verre soluble et savons à détacher.

Les savons médicinaux et en particulier ces produits très fins que nous connaissons sous la dénomination de savons parfumés ou savons de toilette , auxquels il faut joindre la pâte à raser et une partie des pommades régénératrices des cheveux, forment une branche tout a lait à part de la savonnerie et en même temps de la parfumerie.

Savons mous.

Ces savons semi-solides, consistance semblable au

MANUEL DU SAVONNIER

beurre, sont presque toujours des savons à la potasse, fabriqués avec de l’huile, de l’acide oléique, l’huile de baleine, l’huile de palmier, de la résine, etc.

Ce sont des savons de qualités ordinaires, contenant pour la plupart beaucoup d’alcali libre et qui sont employés dans beaucoup d’endroits pour nettoyer le linge grossier, ainsi que dans les blanchisseries, etc. Quelques-uns d’entre eux, par exemple les savons d’ar¬ gent, les savons granulés naturels, etc., sont aussi employés pour la toilette.

Ainsi que nous l’avons déjà dit, tous les savons à la potasse sont de fait des savons de consistance molle et le resteraient même en employant le suif le plus pur, si l’on voulait fabriquer avec de la lessive de cendres (contenant du carbonate do potasse) sans opérer de salage.

Ce n’est que par l’opération du salage que le savon mou à la potasse obtenu par la cuisson est transformé en savon dur à la soude.

VIII. FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS

Savons durs A. SAVONS GRANULÉS

Savons granulés au suif.

Le suif (de bœuf ou de mouton) ne se saponifie que difficilement par des lessives concentrées. La saponifi¬ cation se fait beaucoup plus facilement lorsqu’on chauffe premièrement le suif avec une lessive faible d’une den¬ sité de 1,072 à 1 ,0R8 (10 à 12° Baumé). Nous recomman¬ dons fortement, d’après notre propre expérience, défaire passer le suif à Y état globulaire avant de commencer la

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS 59

saponification. Cet état globulaire s’obtient en chauffant la graisse avec de l’eau à 45“ centigrades environ, conte¬ nant en solution 4—9 pour cent de savon et en mélan¬ geant les liquides. La graisse se réduit alors très rapide¬ ment en petites gouttes présentant une très grande sur¬ face à l’action de la lessive; la saponification est ainsi conduite rapidement et par une température plus basse que cela n’a lieu autrement. En ce qui concerne la les¬ sive, il faut aussi remarquer qu’il faut autant que pos¬ sible employer des lessives exemptes de sel de cuisine, parce que la présence de ce sel nuit aussi à la saponifi¬ cation.

Le mieux est de charger d’abord dans la chaudière environ le quart de la lessive nécessaire à la saponifica¬ tion complète, de porter à l’ébullition et d’ajouter au liquide bouillant la totalité du suif.

Si la lessive a été bien préparée, la graisse se combine immédiatement avecelle enfermant un liquide laiteux qui, au fur et à mesure que la masse savonneuse seforme, devient plus opale, d’une couleur plus claire et d’une consistance plus épaisse.

Ii se forme toujours au commencement de l’opération, à la surface du liquide, une écume abondante qui dimi¬ nue ensuite ; son entière disparition indique générale¬ ment que la formation de la masse savonneuse est ter¬ minée; cette masse doit former un liquide homogène qui doit rester adhérent en couche épaisse à la spatule qu’on y plonge, et s’écouler lentement en fils minces et brillants.

Nous recommandons, pour les savons de suif, l’em¬ ploi de deux lessives de concentrations différentes ; on commence par la plus faible qui sert aussi à produire l’état globulaire et l’on ajoute, environ une demi-

60 MANUEL DU SAVONNIER

heure plus tard, la seconde lessive plus concentrée qui doit avoir 15 à 18° Baumé, soit une densité de 1,113 à 1,133.

Cependant l’opération n’est conduite avec le résultat que nous venons d’indiquer, que si lessive et suif sont mélangés en proportions exactes. La lessive peut avoir deux défauts : elle peut être trop concentrée ou, au contraire, trop faible.

La présence d’une lessive trop forte se reconnaît en ce que la graisse et la lessive ne se mélangent pas et en ceque la lessive, située en dessous delà graisse, tra¬ verse cette dernière par place et par secousses avec un violent dégagement de vapeur et, en outre, à la surface, sans cependant saponifier la graisse.

Ou obvie à cet inconvénient de la manière la plus simple en ajoutant assez d’eau à la lessive pour la rame¬ ner au degré de concentration voulu. Une lessive trop faible empêche aussi la combinaison de la graisse et de la lessive ; il peut arriver que l’on ait réellement une lessive caustique, mais trop faible, ou que l’on travaille avec une lessive trop ancienne conservée avec trop de soins et qui, en absorbant de l’acide carbonique , a perdu ses qualités caustiques.

On reconnaît facilement ces lessives à 1 ’èfferoescence qui se produit lorsqu’on les met en présence d’un acide.

Il existe encore, ainsi que nous l’avons fait remarquer dans la description générale de la saponification, deux au ires inconvénients qu’il faut éviter et que l’on recon¬ naît p.ir l’essai de la plaque de verre ; la graisse ou la les.-uve >ont en trop faible quantité et l’on y remédie en ajoutant peu à peu la graisse ou la lessive. Lorque la formation de la masse savonneuse est terminée et que la

SORTES DE SAVONS

PARRICATION bES DIVERSES

goutte de savon se présente d’une manière parfaitement égale sur la feuille de verre, et s’en sépare aisément, on passe à l’opération du salage.

Le salage se fait avec du sel de cuisine, ou bien, ce qui a fréquemment lieu actuellement, avec unelessive concen¬ trée de soude caustique. Lorsque la saponification a été faite au moyen d’une lessive de potasse, la lessive mère contientdu chlorurede potassium etpeutêtreempfoÿéeà nouveau pour saler. Car le chlorure de sodium n’est pas le seul qui possède la propriété de séparer le savon de ses solutions, mais d’autres chlorures produisent aussi le même résultat. Il est clair que le salage ne produit pas la séparation du savon d’une manière immédiate, mais seulement après la solution complète du sel.

Ce dernier se dissolvant peu à peu, la séparation du savon nécessite naturellement un certain temps.

La masse savonneuse ne se transforme que peu à peu en une masse floconneuse blanche, de petits mor¬ ceaux de savon nageant dans la lessive mère limpide. On reconnaît que le salage est achevé à ce que le savon se forme en plaques, c’est-à-dire qu’il se sépare à la surface en morceaux plats par la vapeur qui se dégage.

Si l’on a bien calculé la quantité de sel nécessaire au salage, ainsi que la quantité de lessive destinée à la sapo¬ nification, la lessive mère doit avoir un goût de chlo¬ rure de potassium amer el rafraîchissant; un goût piquant (caustique el brûlant) est l’indice d’un excès de lessive caustique. Un goût purement salé révèle une trop grande quantité de sel. Ce dernier cas se pré¬ sente surtout dans les pays qui ont le monopole du sel et dans lesquels il est permis de l’extraire à nouveau par évaporation des lessives mères, et cet excédent consti-

62 MANUEL DU SAVONNIER

tue une grande faute de manipulation et une porte directe en argent.

Le salage terminé, on laisse éteindre le feu, ou si l’on fabrique à la vapeur, on arrête celle-ci, puis l'on aban¬ donne le contenu de la chaudière pendant «quelques heures au repos, jusqu’à complète séparation du savon de sa lessive mère.

On élimine celle-ci au moyen d’un tuyau fixé au fond de la chaudière, ou s’il n’en existe pas, au moyen d’une pompe portative placée dans la chaudière. On a à peu près partout renoncé à puiser le savon, puis à enlever la lessive mère, et enfin à remettre de nouveau le savon dans lachaudière, ainsi que cela se pratiquait, par suite de la dépense de forces qui résultait de ces opérations successives.

La clarification, telle qu’on la pratique aujourd’hui, a pour but d’achever la saponification restée incom¬ plète.

On ajoute peu à peu au savon, par petites portions, une lessive d’une densité moyenne de 1,138 à 1,157 (18 à 20° Baumé). Au commencement de la cuisson, le savon produit encore beaucoup d’écume et la fin de l’opéralion s’annonce par la disparition de cette écume, ainsi que par la formation de grandes plaques. La saponification est terminée lorsqu’une portion prise à l’essai a de la pression, c’est-à-dire lorsqu’en refroidissant et pressée entre les doigts, elle ne forme plus une masse visqueuse, mais une substance feuilletée, élastique et sèche.

Tant que le savon n’a pas de pression et qu’il offre une -consistance visqueuse, onctueuse, il existe encore de la graisse non saponifiée, et ce défaut, doit être corrigé par. l’addition de graisse et par une nouvelle clarifica¬ tion.

FABRICATION DES DIVERSES SOUTES DE SAVONS 63

On peut alors considérer le savon comme terminé, et il ne reste plus qu’à le laisser solidifier dans des formes.

Toutefois, lorsqu’on- emploie, soit des matières pre¬ mières, telles que de la graisse, soit des lessives trop impures, le savon sera trop foncé; il faudra dans ce cas éliminer la lessive mère et traiter le savon avec de nou¬ velles quantités de lessive faible ou seulement avec de l’eau, si la saponification était complète. En d’autres termes, il faudra traiter le savon sur la deuxième, troi¬ sième ou quatrième eau, ainsi qu’il a déjà été dit plus haut.

Lorsqu’on a employé des matières premières de bonne qualité et que les dimensions de la chaudière sont suffisantes pour empêcher, pendant la clarification, que la masse visqueuse ne monte, on peut simplifier l’opération en poussant activement le feu après le salage, sans enlever préalablement la lessive mère et en fai¬ sant suivre immédiatement aux opérations de la saponi¬ fication et du salage celle de la clarification, c’est-à-dire en effectuant la fabrication du savon sans aucun arrêt jusqu’à l’opération du refroidissement.

S’agit-il de fabriquer un savon granulé qui ne doive être ni dur, ni difficilement soluble, on lui fait subir l'opération de l’affinage ou du mouillage, ainsi que nous l’avons déjà mentionné dans notre chapitre sur la sapo¬ nification en général.

L’augmentation de poids obtenue par l’affinage ou le mouillage se pratique dans beaucoup de cas, bien moins à cause du bénéfice qui en résulte que ..pour obtenir un beau marbrage, car ce dernier est considéré par. beau¬ coup de consommateurs comme une marque de. bonne qualité d’un savon sans qu’en réalité il ait une influence spéciale sur cette qualité.

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MaNuel SAVONNIËÎt

Le marbrage du savon ne peut se faire que si le savon contient un1' quantité déterminée d’eau qui lui est donnée par l 'affinage. Un .savon trop anhydre se prend toujour- eu une masse uniforme, grise ou blanche et coui nuetise. Mais lorsque le savon est suffisamment hyurate, son refroidissement a lieu assez lentement pour que la séparation dont nous avons parlé plus haut, des sels des acides stéariques et palmitiques (et leur cristallisation), des sels des acides gras, ait lieu ; on obtient alors le marbrage , aussi naturellement qu’en ajoutant des matières colorantes.

Au lieu de marbrer un savon, on le transforme par¬ fois en savon aux amandes, ou aux fleurs , après la cla¬ rification et sans l’affiner. On introduit, dans ce but, le savon dans des formes et l’on passe au travers de toute la masse, et dans le sens de sa longueur, un bâton de l’épaisseur d’un doigt. Ce bâton est ensuite ramené à l’autre bout de la masse, de façon à former une strie parallèle à la première, ainsi de suite jusqu’à ce que la masse ait été traversée entièrement de stries peu dis¬ tantes les unes des autres. On procède alors de la même façon dans le sens de la largeur.

Le savon présente après son refroidissement, et à la suite de cette opération, des bandes parallèles foncées tranchant sur un fond plus clair; c’est ce que l’on appelle les amandes et, dans certaines contrées, les fleurs.

Lorsque le claircissage a été poussé trop loin, la masse du savon devient si épaisse, que la formation des amandes n’est plus possible; on donne dans ce casa la masse la consistance voulue en y ajoutant avec précau¬ tion de l’eau ou une lessive très faible, et l’on remue immédiatement.

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS 65

Dans beaucoup de cas on neveut pas du savon dit aux amandes ; mais l’on cherche plulôt à obtenir une masse blanche aussi homogène que possible que l’on nomme :

Savon décoloré ou savon granulé blanc.

Ce savon que l’on fabrique, lorsqu’on désire séparer autant que possible les matières colorantes, en l’affinant aussi peu consistant que possible et en abandonnant la masse liquide pendant plusieurs heures à elle-même.

Il faut pour cela que le feu soit éteint ou la vapeur arrêtée, afin d’éviler tout mouvement dans le liquide. Les matières colorantes d’un poids spécifique plus élevé, se précipitent au fond de la chaudière en y for¬ mant une couche de savon très colorée que l’on peut avec avantage utiliser pour marbrer. Au-dessus de cettecouche foncée surnage une autre presque incolore, très hydratée qui, versée avec des cuillères en cuivre dans des moules, se prend en une masse uniformément blanche.

Tout le monde sait qu’un savon granulé blanc est moins riche qu’un savon marbré, c’est-à-dire qu’il contient moins de savon proprement dit. C’est pourquoi l’on pré¬ fère, dans le commerce, les savons marbrés. On parvient du reste à donner une apparence marbrée aux savons gélatineux qui sont beaucoup plus riches en eau. Nous reviendrons sur cet artifice en parlant de ces derniers savons.

La masse de savon obtenue, ainsi que nous venons de le décrire, par la saponification de la graisse, diffère sni- vant que l’on a affiné, cuit à blanc ou brassé le savon. On peut en général admettre que 1,000 kilogrammes de sim donnent 1,500 à 1,550 kilogrammes de savon granule à l’amande, 1,600 à 1,62.5 kilogrammes de savon affiné

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66 MANUEL DU SAVONNIER

marbré et 1,700 à 1,800 kilogrammes do savon granulé blanc.

La saponification du savon granulé à la lessive de po¬ tasse (lessive de cendres) est encore passablement en usage dans les petites fabriques ; le procédé employé ressemble en général à celui que nous avons décrit : on sale lorsque la moitié de la lessive nécessaire a été em¬ ployée. Le savon à la soude qui se produit est plus liquide que celui à la potasse.

On ajoute, après avoir éliminé la lessive mère, la deuxième portion de lessive, on cuit quelque temps, on sale à nouveau et dans la plupart des cas on passe à la troisième et quatrième eau pour passer enfin à la clarifi¬ cation. La quantité totale de sel nécessaire à toutes ces opérations s’élève à 120, 150 et même 160 kilogrammes par 1,000 kilogrammes de suif. Quant à la capacité d’al¬ cali employée pour saponifier 100 parties en poids de suif, nous renvoyons aux tableaux de saponification qui se trouvent à la fin du chapitre de la saponification du savon proprement dite.

Savons à l'huile , savons de Venise ou de Marseille.

On fabrique à Venise, Gênes, mais particulièrement à Marseille et depuis quelque temps aussi à Paris, des sa¬ vons avec de l’huile d’olives et de la lessive de soude. La grande vogue dont jouirent ces savons augmenta leur consommation à tel point qu i la récolte d’huile d’olives ne suffit plus à leur fabrication. On additionne ordinaire¬ ment l’huile d’olives d’une forte quantité de graines de coton, d’huile de sésame, de navette et tout particulière¬ ment d’huile de noix ainsi que de petites quantités de suif ou de saindoux.

r>e siège principal de cette fabrication est situé à

FAJJlUCA'l ION DES DIVERSES SOUTES DE SAVONS 67

proximité du siège principal de l’industrie dos huiles, c’est-à-dire Marseille; cependant l’Espagne (savon de Castille) la Sicile et la Corse produisent aussi des savons semblables.

En Allemagne, la fabrication du véritable savon de Marseille n’est pas avantageuse par suite du prix élevé qu’atteint l’huile d’olives dans ce pays. L’on n’y emploie qu’une très faible quantité d’huile d’olives pour la fabri¬ cation des savons dits de Marseille.

Il va de soi que l’on n’utilise que de l’huile d’olives qui ne peut être employée pour la cuisine. Nous allons dé¬ crire le procédé de fabrication tel qu’il est en usage dans les grandes fabriques marseillaises.

On se sert pour la saponification de très grandes chau¬ dières en fer, à couvercle également en fer, mais qui ne varient que par leurs dimensions et non point par la forme des chaudières en usage dans d’autres fabriques. Le fond de ces chaudières mesure en général 1 m. 25 à

1 m. 50 de diamètre; elles ont à hauteur du couvercle

2 m. 50 à 3 mètres de diamètre, et 3 m. 50 à 4 mètres de hauteur. Leur capacité est d’ordinaire de 10 à 12 mètres cubes et l’on peut, en une seule cuisson, y saponifier 2,400 à 2,600 kilogrammes d’huile. Ces chaudières sont construites en forte tôle et leur couvercle, en général, en tôle plus faible. Tous les joints sont rivés à chaud et les réparations se font également par rivure de feuilles de tôle sur les parties endommagées. On entoure le couvercle, qui est à jeu libre, d’un manteau en bois afin d’y main¬ tenir la chaleur. Dans beaucoup de fabriques on donne aux chaudières la forme d’un cône tronqué élargi dans le haut, et à leur fond, celle d’une demi-sphère, dont la partie convexe est tournée vers le haut. Les dimensions de ces chaudières varient beaucoup suivant l’importance

MANUEL DU' SAVONNIER

des fabriques, et dans quelques-unes d’entre elles ont peut saponifier jusqu’à 6,500 kilogrammes d’huile à la fois.

La plupart des fabricants marseillais emploient actuel¬ lement des chaudières dans lesquelles ils peuvent tra¬ vailler environ 2,000 kilogrammes de matières grasses en une seule cuite, et c’est la quantité que nous adopte¬ rons pour une cuite; les chiffres indiqués plus loin se rapportent donc tous à une quantité de 2,000 kilogrammes d’huile à saponifier.

Les fabricants marseillais travaillent avec la soude ordinaire du commerce, depuis que le procédé Leblanc est employé d’une manière universelle pour la fabrica¬ tion de la soude. Ils faisaient autrefois usage de la soude brute tirée des cendres d’algues et de plantes marines, mais fortement mélangée à des sels étrangers.

On amène l’huile (2,000 kilogrammes) dans la chau¬ dière, puis on y ajoute environ 500 à 550 litres d’une très faible lessive de soude caustique (d’une densité d’envi¬ ron 1,014 à 1,064, soit 6 à Baume). Cette addition de lessive se fait à froid, puis l’on mélange les liquides en les brassant avec précaution ; l’huile et la lessive forment alors une sorte d’émulsion qui accélère de beaucoup la saponification. On porte petit à petit, pen¬ dant le brassage, le mélange à l'ébullition, puis lorsqu’il bout on y ajoute une nouvelle quantité de lessive concentrée.

L’addition de la lessive s’opère suivant un procédé spécial; l’expérience a démontré qu’il faut 5,000 kilo¬ grammes de lessive d’une densité de 1,157, soit de 20° Baumé, pour obtenir une complète saponification. Or on n’introduit dansla chaudière cettequantité delessiveque par toutes petites portions de 100 litres chaque et l’on

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS 69

continue \& cuisson chaque fois, jusqu’à ce que le contenu de la chaudière commence à monter. On ajoute de la lessive jusqu’à ce que la masse savonneuse donne, même après une cuisson prolongée, une réaction alcaline très distincte. La masse savonneuse obtenue lors de la fabri¬ cation du savon de Marseille, n’est jamais complètement claire, parce que l’on n’emploie pas de lessives complè¬ tement caustiques, mais qu’on les maintient toujours faiblement carboriatées. '

La masse savonneuse une fois terminée, on laisse reposer le savon pendant la nuit, puis on soutire la les¬ sive mère et l’on procède au salage.

Le salage se fait avec une lessive qui ne contient qu’une minime quantité de soude caustique, mais beaucoup de sel de cuisine ; sa densité est d’en¬ viron 10° Buurné. On en emploie environ 1,000 kilo¬ grammes.

La soude caustique contenue dans la lessive à saler sert à saponifier d’une manière certaine et complète la graisse qui pourrait encore se trouver mélangée. Par la cuisson prolongée avec la lessive salée, le savon se prend en grumeaux mous qui sont du savon granulé à l'huile. On dissout parfois à nouveau ce savon pour le passer à un second salage. Au lieu de cette clarification, on laisse aussi reposer une demi-journée le savon salé et on le soumet à l’opération de l’ affinage et du mouillage. On fond le savon séparé de la lessive salée en le mélangeant avec une quantité de 600 à 750 litres de la lessive faible que l’on a employée au début de la saponification, puis, en remuant continuellement le savon fondu, de préfé¬ rence au moyen d’un mélangeur mécanique, on y ajoute par portions, jusqu’à 5,000 litres de lessive, les dernières tractions de lessive devenant de plus en plus étendues

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MANUEL DU SAVONNIER

d’eau, de façon à ne plus présenter qu’une densité do 1,014 (2° Baumé).

Le savon forme, au début de l’opération de l’af¬ finage , de grandes plaques, puis devient bientôt liquide et ne se sépare plus de la lessive par refroidis¬ sement.

Lorsque toute la lessive nécessaire à l’affinage a été versée dans la chaudière et que le savon possède les qualités détaillées plus haut (c’est-à-dire lorsqu’il forme en refroidissant une masse homogène dont il ne se sépare plus aucune lessive), on peut admettre que l’affinage est terminé et l’on n’a plus qu’à mouler le savon.

On laisse reposer le savon pendant deux jours pleins dans la chaudière couverte (il reste pendant tout ce temps à l’état parfaitement liquide), puis on enlève l’écume qui surnage à la surface. Cette , écume a une épaisseur qui varie de 10 à 12 et même 30 centimètres. Le savon recouvert par cette écume forme une masse d’un grain très égal et d’une couleur variant du vert oli¬ vâtre foncé au noirâtre, due à la présence d’oléate d’oxyde de fer.

On transvase ce savon au moyen de cuillères en cuivre dans des moules en pierre très allongés et très larges, mais très plats. Leurs dimensions sontordinairement'les suivantes: largeur 2 mètres, longueur 5 mètres, hauteur 0 m. 2 à 0 m. 3. Bien que le savon vert constitue la ma¬ jeure partie de la masse obtenue en savon, 2,000 kilo¬ grammes d’huile d’olives produisent en tout environ 3,000 kilogrammes de savon, dont 2,400 kilogrammes de savon vert ; on trouve en dessous de celui-ci une masse savonneuse jaune formant 20 pour cent environ de la masse entière de savon; on porte cette masse jaune à l’ébullition, on la sale et on la transforme en savon

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS 71

grenu, tandis que laissée à elle-même, cette masse sa¬ vonneuse ne prend en refroidissant qu’une consistance qui se rapproche de celle des savons mous.

On utilise ce savon granulé comme savon marbré à marbrage bleuâtre. On donne au savon à l’huile véri¬ table un joli marbrage artificiel en y mélangeant une solution de sulfate de fer en poudre. Le marbrage, d’abord bleu, devient plus tard couleur rouille par la transformation au contact de l’air de l’oxyde verdâtre sur l’oxyde jaune.

Les savons dits espagnols ou de Castille sont des sa¬ vons à l’huile fabriqués de la même manière, mais aux¬ quels, lors de la première cuite, on a ajouté une assez forte quantité de sulfate de fer (2 à 5 millimètres). Le marbrage de ces savons est d’un gris vert foncé sur ses coupures fraîches et devient rapidement couleur rouille sur les faces exposées à l’air.

Ainsi qu’il a été dit, le prix de l’huile d’olives est trop élevé dans les régions éloignées de la Méditerranée, pour qu’on puisse fabriquer le vrai savon de Marseille. Les savons de cette espèce qu’on fabrique dans le nord de la France et de l’Europe, du reste semblables par leur aspect au véritable savon de Marseille, sont une combinaison de plusieurs matières grasses, et parmi ces combinaisons nous recommandons l’emploi de celles qui contiennent de l’huile de palme et de l’huile de noix, parce que ces deux huiles forment un savon qui se rap¬ proche beaucoup du savon d’huile d’olives , même au point de vue de la composition chimique. Nous détail¬ lons ci-après quelques combinaisons de matières grasses, fréquemment employées pour la fabrication des savons imitation de Marseille, et qui donnent de très bons ré¬ sultats :

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MANUEL DU SAVONNIER

À. Huiles d’olives . C00 kilogrammes.

Huile de noix ...... 600

Suif épuré. ....... 800

B. Huile d’olives . . 600

Huile de noix . 800

Lard (graisse) . G00

O. Huile d’olives ...... 400

Huile de noix de coco. . 400

Graisse de porc . 800

Suif épuré . 400

D. Huile de palme . 1.000

Huile de sésame . 600

Suif . 400

On peut aussi remplacer l’huile de noix par la même proportion d’huile de pavots.

Les operations sont en général les mêmes que celles qui sont en usage pour la préparation du véritable savon de Marseille; cependant on s’écarte de ce mode de fabri¬ cation pour la combinaison G, en ce que la saponification de l’huile de coco se fait séparément et qu’on ne la mé¬ lange aux autres sortes de matières grasses qu’après leur complète saponification.

On peut, d’après leurs propriétés, ranger au nombre des savons à l’huile les savons de Debreczin et de Szegedin, fabriqués en Hongrie, seulement avec du saindoux et de la graisse. Les derniers surtout se distinguent par leur grande teneur en eau et par conséquent par la propriété qu’ils ont de mousser beau¬ coup.

Savons à l’acide oléique.

Le savon à V oléine, ou savon dur à l’oléine, est chimi¬ quement pariant un oléate de soude.

Depuis que la fabrication des bougies se fait en grand, op transforme en savon une rande quantité d’acide

PRÉPARATION DES LESSIVES ALCALINES 73

oléique qui forme un sous-produit de la fabrication des bougies. En sa qualité d 'acide libre, l’acide oléique dé¬ compose directement les carbonates alcalins. L’emploi de lessives caustiques n’est donc pas nécessaire et l’on peut faire agir directement le carbonate de potasse sec. L’emploi des carbonates alcalins nécessitant certaines mesures de prudence pendant le cours de la saponifi¬ cation, beaucoup de fabricants préfèrent saponifier sui vant la méthode ordinaire, c’est-à-dire avec une lessive caustique de soude. Cependant on ne peut nier que la saponification par le carbonate de soude n’épargne beau¬ coup de main-d’œuvre.

Nous décrirons donc cette dernière méthode telle que nous l’employons depuis longtemps avec avantage.

a) Savon à l’oléine, fabriqué avec le carbonate de soude.

Employant du carbonate de soude du commerce, on obtient un savon à l’oléine contenant toute l’eau de cristallisation des cristaux de soude, par conséquent, une trop forte quantité d’eau. On divise, pour cette raison, la soude en deux parts et l’on chauffe une de ces por¬ tions dans des vases plats en fer; la soude fond à l’état de soude hydratée, cède la plus grande partie de son eau de cristallisation en produisant une écume abon¬ dante et se transforme en soude calcinée anhydre. Les fabriques de soude expédient actuellement très souvent le carbonate de soude à l’état déjà anhydre et calciné, ce qui présente un grand avantage; les frais de transport sont ainsi de beaucoup moindres, car en faisant venir la soude cristallisée, toute la grande quantité inutile d’eau qu’elle contient paye également le port. Pour obtenir de la soude cristallisée, il sufütde dissoudre la soude calcinée dans de l’eau.

74 MANUEL DU SAVONNIER

Il va de soi que l’emploi de la soude calcinée supprime complètement l’évaporation dans les fabriques de savon. La soude anhydre et la soude ordinaire sont réduites en poudre fine et mélangées à l’acide oléique. On chauffe cette dernière de préférence par la vapeur et l’on agite continuellement par un brassage (pour la fabrication de savon ordinaire, on ajoute aussi à l’acide oléique 5 à G pour cent de résine de pin).

Le dégagement de l 'acide carbonique commence aussitôt en faisant fortement écumer la masse vis¬ queuse. Sitôt que l’écume a diminué on ajoute une nou¬ velle portion de soude, puis on continue à chauffer, ainsi de suite, jusqu’à épuisement complet de la quantité de soude. L’opération est terminée lorsque la masse savon¬ neuse se comporte bien à l’essai de la feuille de verre et l’on verse immédiatement le savon dans les moules pour l’y laisser solidifier. La formation de l’écume nécessite pour ce savon l’emploi d’un couvercle profond sur la chaudière.

b ) Savon à l'oléine, par l’emploi de la soude caustique.

Beaucoup de fabricants préfèrent employer la soude caustique à cause de la grande quantité d’écume qui se forme sur l’acide oléique par l’emploi du carbonate de soude (l’acide oléique ne doit pas dépasser le tiers de la chaudière proprement dite).

On se sert d’une lessive concentrée , d’une densité de 1,157 à 1,205 (20 à 25° B.), dont on introduit immédiate¬ ment la moitié dans la chaudière; on porte cette pre¬ mière moitié à l’ébullition et l’on y ajoute, en remuant continuellement, l’acide oléique, la saponification se fait très rapidement. On ajoute l’autre moitié de la lessive par portions, jusqu’à ce que le savon commence à se

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS 75

séparer en grandes plaques. On ajoute ordinairement de la lessive jusqu’à ce que le savon donne une réaction faiblement alcaline. En poussant le feu, on peut, par évaporation de l’eau, provoquer la séparation du savon, mais on accélère ordinairement cette opération par addition d’un peu de sel. On laisse reposer le savon salé, jusqu’à ce qu’il se soit séparé de la lessive mère et que l’écume ait presque complètement disparu de sa surface. On verse ensuite le savon dans des moules en le remuant jusqu’à ce qu’il commence à se soli¬ difier. Ce battage du savon est nécessaire pour mé¬ langer intimement entre eux les divers savons qui se forment.

L’acide oléique produit un oléate de soude blanc qui surnage, un oléate d’oxyde de fer verdâtre qui occupe la zone du milieu, et enfin les composés d’un acide inconnu qui se rassemblent au fond et se solidifient en une masse gélatineuse.

Ces divers produits ne se mélangent pour former une masse uniforme qu’à la suite d’un passage prolongé jus¬ qu’au commencement de leur solidification.

On a calculé qu’il faut, pour saponifier complètement 1,000 kilogrammes d’acide oléique, 517 k. 5 de soude cristallisée. Mais cette dernière ne se trouvant jamais à l’état pur dans le commerce, on en emploie 540 à 560 ki¬ logrammes, suivant la teneur en tant pour cent de la marchandise en carbonate de soude pur; la moitié de ia soude est transformée en soude anhydre par calcination ainsi que nous l’avons dit.

Lorsqu’on opère avec de la soude calcinée, il faut en diminuer la quantité employée proportionnellement à la quantité d’eau qui manque.

Dans les fabriques qui s’adonnent à la fabrication des

76 MANUEL DU SAVONNIER

bougies de stéarine, l’acide oléique, qui en forme un sous-produit, est utilisé actuellement d’une manière générale pour la fabrication du savon. Les savons à l’acide oléique sortant de ces fabriques se distinguent généralement par un tel degré de pureté, qu’ils peuvent parfaitement servir de matière première pour la fabri¬ cation de savons de toilette, après avoir été au préalable purifiés par solution et par un salage.

Savon à l’huile de palme.

La majeure partie des savons à l’huile de palme, qui sont dans le commerce, se fabriquent en Angleterre, mais, par suite des faciles relations avec les pays d’outre¬ mer, la production de ce savon a pris pied en Allemagne, et une bonne partie des savons fabriqués dans ce pays l’est soit totalement, soit partiellement avec de l’huile de palme. Lorsqu’on n’emploie pas l’huile de palme à l’état pur, on l’additionne généralement d’acide oléique, avec lequel la saponification s’opère facilement et rapi¬ dement; car l’ huile de palme est elle-même composée en majeure partie â’acide gras libre. On distingue dans le commerce deux sortes de savon à l’huile de palme : le jaune et le blanc. Le premier s’obtient avec de l’huile de palme non blanchie, tandis que pour la fabrication du second on emploie de la graisse décolorée.

Le savon jaune à l’huile de palme garde aussi le par¬ fum agréable de l’huile de palme brute. Dans les fabriques allemandes, on fabrique en général du savon à l’huile de palme blanc en saponifiant avec une lessive d’une saturation moyenne (d’une densité de 1 , 1 1 3 à 1 , 1 38, soit 15 à 18° B.), et en ajoutant, après le saponification, une lessive plus forte (d’une densité de 1,157, soit 20° B.),

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS 77

jusqu’à ce que le savon laisse sur la langue un goût alcalin bien distinct.

En Angleterre, la fabrication du savon se fait sur lin pied très grand, et par la vapeur, on emploie dès le début de l’opération des lessives fortes d’une densité de 1,157 à 1,205 (20 à 25° B.).

Après avoir chauffé pendant plusieurs heures, l’huile de palme mélangée à cette lessive, en remuant cons¬ tamment, on obtient une masse savonneuse tout à fait homogène, que l’on maintient à l’état liquide pendant 12- à 18 heures, afin que toutes les impuretés qu’elle contient en suspension puissent se déposer; on la coule ensuite dans des moules.

On ne procède au salage du savon granulé à l’huile de palme, que dans les cas seulement l’on se sert de les¬ sives faibles. En faisant usage de lessives concentrées, on peut s’abstenir complètement de saler le savon, qui se prend de lui-même, ayant une consistance suffi¬ sante. C’est ce dernier mode de procédé qui donne le meilleur rendement en savon, parce que la lessive mère et la glycérine sont en entier contenues dans le savon terminé .

Savon de cire (savon pâte).

Ce genre de savon, qui trouve un grand écoulement dans l’Allemagne du Nord, n’est jamais fabriqué avec une seule sorte de matière grasse; on le produit tou¬ jours par saponification de plusieursespèces dégraissés. On emploie en général un mélange d’huile de palme, d’huile de coco et de suif, ou bien aussi d’huile de pal¬ mier, d’huile de coco et de suif, en proportions telles, que pour 100 parties en poids de suif, on emploie 12- 15 parties d’huile de coco et 8-10 parties de graisse de palmier (huile de palme ou graines de palmier).

manuel

On saponifie d’abord le suif qui: de loules les matières grasses employées, se décompose le plus difficilement ; on sépare de sa lessive le savon granulé qui s’est formé, on ajoute les huiles de coco et de palme au savon terminé et l’on saponifie ces graisses on les chauffant avec une lessive de soude à 1,157 (20° Baumé).

La lessive doit être en faible excédent, de façon que le savon donne la réaction alcaline. Le savon terminé n’est ensuite salé qu'en partie : on n’emploie pour cela que 25 kilogrammes de sel environ pour chaque 1,000 kilo¬ grammes de graisse. Le savon ne se prend alors pas complètement, mais forme seulement une forte gélatine dont les couches supérieures sont complètement exemptes d’impuretés et donnent après le moulage un savon parfaitement blanc.

Les portions plus foncées de la masse savonneuse qui se rassemblent dans le fond de la chaudière sont sou¬ mises au salage avec une plus grande quantité de sel et donnent encore un bon savon granulé, mais d’une cou¬ leur un peu plus foncée que le précédent.

Suivant que l’on enlève les parties supérieures du savon ou bien aussi une partie de la masse, ou bien que l’on mette dans la forme aussi une partie de la masse plus impure, on obtient des quantités variables de savon parfaitement blanc et savon de seconde qualité.

En général, 1,000 kilogrammes de matières grasses produisent 1,300 jusqu’à 1,400 kilogrammes de savon blanc et 150 à 250 kilogrammes de produits de seconde qualité.

Savons de résine.

La résine pure ne donne jamais que des savons mous et même visqueux, lorsqu’on les saponifie avec ;un sel de soude ; aussi ne peut-on utiliser la résine que comme

VAIHUCATION DUS DIVERSES SORTES DE SAVONS 79

addition aux matières grasses et sa quantité employée ne doit même pas dépasser 30 pourcent sil’on veut obtenir un savon consistant. On saponifie généralement un mélange de suif, d'huile de palme, de résine, soit G00 à 700 kilogrammes de suif et 50 à lOOkilogrammes d’huile de palme et une quantité de résine variant entre 200 et 300 kilogrammes. Il est préférable, lorsqu’on procède de celte manière, de saponifier en premier lieu le suif, d’y ajouter de Y huile de palme et de saponifier à nouveau ; on transforme la résine à part en savon, on mélange ensuite le savon de résine avec les savons de suif et d’huile de palme , on cuit en remuant continuellement et jusqu’à ce que la masse devienne claire, puis on coule dans les moules. La consommation de savon de résine est en Europe relativement faible ; c’est l’Angleterre qui en produit la plus grande quantité. Les États-Unis de l’Amérique du Nord sont le centre principal de cette industrie; la grande production en résine de ce pays est particulièrement favorable à celte fabrication.

En Allemagne, et principalement dans les contrées du Nord, la fabrication des savons de résine a une grande extension, parce que la résine s’emploie avec avantage à la saponification de la graisse laine obtenue par le dégraissage de la laine de mouton.

Cette graisse possède la faculté de ne produire de bons savons mousseux que lorsqu’on y ajoute lors de la saponification une certaine quantité de résine ; on procède en saponifiant séparément la graisse de laine et la résine, en mélangeant les masses savonneuses des deux savons, en clarifiant.

Par suite du bon marché de la matière première, les savons de résine sont fréquemment employés, à titre d’adjonction à d’autres sortes de savons; si cette adjonc-

MANUEL DU SAVONNIER

tion n’a point été indiquée lors de l’achat, un mélange de ce genre doit être considéré comme une tromperie de la part du vendeur, car les savons de résine sont, en ce qui concerne la qualité, au-dessous des savons d’acides gras.

B. SAVONS GÉLATINEUX

Ainsi que l’indique ce nom, ces savons sont générale¬ ment fabriqués- en laissant solidifier la masse savon¬ neuse; l’opération du salage, pour ces savons, n’a lieu que rarement; la raison pour laquelle on modifie le pro¬ cédé de fabrication pour ces savons en supprimant le salage, consiste en ce qu’on emploie généralement l’huile de coco ; mais le savon de coco a toujours la pro¬ priété de rester soluble dans les solutions étendues do sel de cuisine et de ne se séparer que par l’emploi de solutions salées très concentrées.

Mais lorsqu’on le sépare par ce moyen, il ne produit qu’un savon très anhydre , qui en outre qu’il reste très difficilement soluble, possède une dureté telle, qu’il n’est presque pas possible de couper un morceau quel¬ que peu gros.

On peut fabriquer de différentes manières tous les savons gélatineux contenant de l’huile de coco :

Par saponification à chaud (méthode usuelle);

Par procédé dit par brassage dans lequel la sapo¬ nification a lieu à basse température, entre 70 et 80° cen¬ tigrades et pendant un brassage continuel;

Et enfin par saponification à froid, opération dans laquelle on fond simplement la matière grasse en la mélangeant avec la lessive.

La fabrication du savon préparée par brassage et à froid, n’est rendue possible que parce que la graisse de coco est composée, en majeure partie d’acides libres et

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS SI

que ces derniers, sans nécessiter de décomposilions chimiques, s'unissent directement avec la soude de la lessive. Un savon obtenu avec de l’huile de coco seule¬ ment, se prend très rapidement dans le moule en une masse bianche transparente comme i albâtre, qui tout en possédant une grande dureté, se dissout cependant facilement et possède en outre la propriété de se dis¬ soudre dans de l’eau fortement salée; par suite de cette dernière propriété, il est employé d’une manière géné¬ rale sur les vaisseaux et désigné, comme par exemple en Angleterre, sous le nomd esavon de marine (marine soap).

Malheureusement, l’odeur désagréable de l’huile de coco cause un grand tort aux qualités excellentes des savons de coco, en ce qu’elle se communique aux savons mêmes. Il faut toujours pour cette raison par¬ fumer les qualités supérieures de savons de coco ou bien les mélanger à d autres sortes. On arrive par ce dernier moyen a obtenir d’un côlé un savon qui ne soit pas trop dur, et d’autre part, des savons à un cer¬ tain degré de dureté, qui sans cela n’auraient qu’une très faible consistance.

Savons de coco par saponifications à froid.

Pour fabriquer ces savons, il faut employer des les¬ sives caustiques très concentrées, d’une densité de 1.325 à 1.374, soit 36 à 40° Baume. Oh obtient, en em¬ ployant une lessive de soude pure, un savon d’une grande dureté, ce qui n’est pas désirable; pour obtenir un savon d'une dureté moyenne et d’une belle transpa¬ rence, on ajoute 10 à 15 pour cent de ! ;sr i vede potasse à la lessive de soude; le mélange de savon dur à la soude et de savon mou à la potasse donne un produit de la dureté voulue.

6

82

MANUEL DU SAVONNIER

Pour 2.000 kilogrammes de coco pur on emploie 1.000 kilogrammes de lessive compo-ee o 900 kilogrammes de lessive de soude et de 1ÛU a 130 kilogrammes de lessive de potasse.

Il est avantageux de garder en réserve la lessive dans un récipient placé au-dessus du moule à savon et muni d’un robinet, et de la laisser couler en minces filets dans lagraisse que l’on a fait fondre dans une'chaudiere ou dans le moule lui-même. Si l’on fabrique à la vapeur, on remue en même temps continuellement la masse entière; la réaction commence immédiatement et la masse prend une consistance moins cuite Ou y ajoute alors des parfums, et le cas échéant aussi des maiiè es colorantes, et l’on remue jusqu’à ce que la masse de¬ vienne trop épaisse pour que l'on puisse continuer à brasser. On couvre en ce moment le moule avec soin afin d’empêcher un refroidissement, après quelques heures, l’huile de coco et la lessive agissent énergique¬ ment l’une sur l’autre; par suite de la réaction cnimi- que la masse entière s’échauffe en prenant une plus grande consistance et une couleur plus claire; son goût fortement caustique diminue d’intensite et la combi¬ naison de la graisse avec l’alcali est alors terminée; il ne reste plus qu’à enlever les étoffes et les planches qui recouvrent les moules et à laisser solidifier le savon.

Savon de coco par brassage.

La fabricationde cesavon se fait très rapidement, le mieux est d’employer pour cela une chaudière chauffée àla vapeur et pourvued’un mélangeur mécanique; on fond la graisse de coco, on la chauffe de 80 à 90° centi¬ grades, puis on y laisse une lessive d’une densité de 1.20üà 1 2üfi,soitde2,'ià 30° Baume, on continuant.1 =ans

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS 83

arrêter le brassage. On continue celui-ci jusqu’à ce que la masse.qui pendantcetteopérationa pris uneconsis- lanceépa'sse, devienne moinsdense et en mêmetemps transparente; on la verse alors immédiatement dans les moules, dans lesquels elle se solidifie très rapide¬ ment.

Ainsi que nous l’avons dit, tous les savons de.coco ont un degré de dureté très élevé, qui persiste même lors¬ qu’on les mélange en forte quantité avec des savons mous, tels que savons de déchets de suif et savons de graisse d’os, et lorsqu’on les additionne d’une quantité d’eau (affinage ou mouillage) qui peutatteindre jusqu’à 75 pour cent. Les savons de coco conviennent par con¬ séquent tout particulièrement pour donner de la valeur aux graisses bon marché et pour fabriquer des savons d'une apparence agréable, que l’on peut livrer au com¬ merce à de très bas prix, précisément à cause de la grande teneur en eau. A cause de cela, ces savons de coco perdent en restant en magasin une bonne partie de leur eau ainsi que l’apparence lisse de leur surface et diminuent de volume. Le mouillage ou l’affinage des savons de coco se produit en ajoutant au savon terminé, avant qu’il ne solidifie, une certaine quantité d’eau ou d’une solution de sel de cuisine.

Il faut du reste remarquer ici que l’on a recours aux moyens les plus singuliers pour augmenter le poids des savons de coco et que l’on y ajoute de l’eau, de l’amidon, de la colle, du sable, de l’argile, de la craie, etc. Le verre soluble (silicate de soude) convient parfaitement au salage du savon à cause de ses propriétés alcalines : il lui communique une belle transparence et l’on peut en ajouter jusqu’à 60 pour cent. Mais si l’on ajoute une trop grande quantité de silicate de soude, la masse en-

84

MANUEL DU SAVONNIER

tière de savon devient vilieuse, dure et pareille au verre.

Savon ausUicnle de soude (Silica sonp savon sûre),

Ce savon se fabrique par mélange d’une solution de silicate de soude avec du savon de coco; le silicate né¬ cessaire se prépare de la manière suivante : on cuit de la pierre à fusil réduite en poudre, en refroidissant des pierres à fusil chauffées au rouge dans de l’eau froide et en les passant à la meule, avec une lessive de soude très concentrée; on continue la cuisson jusqu’à ce qu’on obtienne un liquide de la consistance de miel coulant et d’une densité d’environ 1,45° Baume. Celle solution est a joutée en proportion de~2t) à 40 à un savon de coco fraîchement préparé, puis mélangée intime¬ ment avec lui et remuée jusqu’à ce que la combinaison du savon avec le silicate de soude se révèle par la soli¬ dification de la masse entière. Le silicate de soude S3 prête très bien au mouillage de savon de coco à cause de ses qualités alcalines, ainsi que par la propriété qu’il possède de former avec l’eau des solutions forte¬ ment mousseuses.

Les savons mouillés au moyen de silicate de soude prennent à la surface une apparence vitreuse produite par l’affluence de l’acide carbonique contenu dans l’air qui sépare l’acide silicique du silicate de soude.

Cet acide silicique enveloppe le morceau de savon d’une sorte de vernis et agit favorablement, en ce sens que le rétrécissementde savons très hyd raies est éviié même lorsque ces derniers restent longtemps en ma¬ gasin.

Le silicate de soude étant un article de commerce, ne se fabrique guère dans la savonnerie même.

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS

85

Savon de coco préparé à chaud.

Ofte sorte de savon, nommé aussi savon granulé artificiel, savon suisse ou savon Eschweg, n’est jamais fabriqué avec de l’huile de coco pure, mais avec un mélange de diverses graisses, telles que suif, huile de palme, huile de coco en proportions variables.

Plus la proportion d'huile de coco est grande, plus le savon gagne en dureté. On emploie 500 et 600, et même 1.000 kilogrammes d’huile de coco par 1.000 kilogrammes de suif, et toujours des lessives concen¬ trées d’une densité d’au moins 1.212, soit de 25° B. Certains fabricants mélangent aussi à la lessive de soude 10 à 30 pour cent de lessive de potasse, afin de donner au savon une dureté moins grande.

Le savon d’Esehweg se fabrique de deux façons diffe¬ rentes : dans l’une, la saponification du suif et de l'huile de palme se fait séparément et l’on mélange ensuite le savon obtenu au savon de coco; suivant l'autre mode de fabrication, on saponifie toutes les graisses en une seule opération.

Saponification en deux opérations : on saponifie ensemble le suif et l’huile de palme selon le procédé ordinaire; on opère dans une seconde chaudière la sa¬ ponification de l’huile de coco au moyen d’un mélange de lessive de soude et de lessive de potasse. Cela fait, on ajoute au savon de coco le mélange de savon du suif et d’huile de palme, en prenant toutefois la pré¬ caution de n’ajouter que le savon ; mais aucune trace de la lessive mère. Un mélange de cette lessive mère au savon de coco pourrait avoir pour résultat que les deux sa vons ne s'uniraient que très difficilement et se sépareraient l’un de l’autre par le refroidissement.

MANUEL DU

VONNIEH

On mélange autant que possible les deux «avons pu fusion; leur masse d’abord épaisse devient, en chauf¬ fant légèrement, bientôt plus liquide et monte beau coup dans la chaudière. Sijïela n’a pas lieu, c’est qu’on en est arrivé à un moment critique, dont dépend la réussite de l’opération entière; il s’agit en effet de don¬ ner au savon, par addition de lessive, la constitution voulue. On prend une lessive concentrée de 1.075 à 1.072(8 10° B.); on agite après chaque addition de cette lessive et Ton laisse s’écouler 8 à 10 minutes avant d’en ajouter une nouvelle quantité. Lorsqu’enfin le savon a atteint la consistance liquide qu’on voulait lui donner, on pousse activement le jeu de façon à faire bouillonner fortement le savon. Une goutte d’essai, prise avec la spatule, s’écouleen un fil mince, incolore et semblable à du verre fondu. On ajoute alors petit à petit au savon de la lessive jusqu’à ce qu'il laisse sur la langue un goût alcalin très accentué. En cet état le savon est achevé et l’on n’a plus qu’à le laisser solidifier ; si l’on veut encore l’affiner, cela a lieu au moyen d’une petite quantité d’une solution de sel que l’on ajoute au savon par por¬ tion et en faisant continuellement l’essai; une trop grande quantité de solution salée salerait les savons de suif et d’huile de palme, c’est-à-dire les séparerait en les solidifiant; il se formerait aussi dans le moule lors du refroidissement de la masse savonneuse une cou¬ che séparée du savon de coco.

L’opération de l’affinage une fois faite, le savon est encore mélangé avec les matières colorantes en usage si l’on veut le marbrer pour le rendreaussi semblable que possible au véritable savon granu lé. Pour 1.000 ki¬ logrammes de savon, on emploie 80 à 160 grammes de noir d’os si l’on veut obtenir un marbrage gris et 1.200

FABRICATION t>F.S DIVERSES SORTES DE SAVONS 87

à 1.000 grammes de Bolus pour obtenir un marbrage rougr.. La saponification de l'huile de coco à côté de sa¬ von terminé de suif et d’huile de palme présente plu¬ sieurs difficultés qui consistent, ainsi que nous l’avons dit, en majeure partie en la détermination de la quan¬ tité de lessive qu’il faut employer, ainsi qu'à la tempé¬ rature de la cuite, si l’on fabrique à feu nu, il faut re¬ muer continuellement et fortement vers la fin de la saponification, surtoutlorsqu’il sedégage un bruitpro- duit par les bulles de vapeur se dégageant de la masse épaisse; ce brassage continu a pour but d’empêcher que le savon ne brûle et ne se colore par en brun ; on évite facilement cet inconvénient en employant de la vapeur surchauffée en place d’un feu nu. On évite éga¬ lement par l’emploide la vapeurque la tenipéraluredu savon ne devienne trop élevée, ce qui aurait aussi pour résultat de séparer du savon de coco le savon granulé proprement dit lors du refroidissement; si toutefois ce fait se présentait, on ne pourraitv remédier qu’en fai¬ sant baisser la température tout en remuant la masse liés activement. On suit les proportions suivantes pour la fabrication du savon d’Eschweg en deux opérations :

Suif (saponifié en sav

Huile de coco .

Lessive de soude) Lessive de potasse)

on granulé). . .

de 20° Baumé

Ou bien :

1.200 kilogrammes. 180

600 -

400

Huile de palme (blanche) - ..... 1.000

Huile de coco . . 500

Lessive de soude à 25" Baume.". . . 1 .260

La première de ces deux proportions donne un savon plus mou, la seconde un savon blanc plus ferme, dans lequel l’odeur de l’huile de coco est moins forte.

MANUEL DU SAVONNIER

Sar>oïrfic3tion en une seule opération.

Pour saponifier le savon d’Eschweg en une seine mile, on emploie an commencement de l’opération, pour la somme totale de graisse fondue dans la chau¬ dière et intimement mélangée, environ la moitié seule¬ ment de la lessive nécessaire; lorsque celle-ci est complètement unie à la graisse, ce qui se remarque à la disparition du goût caustique (on se sert d’une lessive d’une densité de 1.157 à 1.205, soit de 20 à 25° B.j, on ajoute peu à peu suffisamment de lessive pour qu’une goutte d’essai complètement refroidie, donne encore une réaction caustique distincte; il faut lorsque l’on fait l’essai d’un savon , laisser refroidir complètement la goutte d’essai, parce qu’un savon, même lorsqu'il n’est pas caustique, fait sur la lan¬ gue, lorsqu’il est encore chaud, une brûlure que l’on pourrait facilement confondre avec la réaction caustique.

On continue la cuisson du savon jusqu’à disparition complète de l’écume surnageant à la surface et jusqu’à ce que le savon forme une masse uniforme d’une cou¬ leur jaune de miel ou jaune d’ambre ; il se projette en même temps, avec un certain bruit, des plaques qui s’amoncellent les unes sur les autres. Lorsqu’une goutte d’essai tombe rapidement d’un bâton plongé dans la masse, elle se solidifie promptement sur une feuille de verre sans se séparer en deux portions, et ne se tire pas en fil lorsqu’elle est prise entre le pouce et l’index, la saponification est terminée et l’on est arrivé au point l’on peut procéder au mouillage du savon ou immédiatement à son moulage.

FABRICATION DÈS DIVERSES SORTES DE SAVONS 80

Nous employons pour du savon préparé d’après cette méthode les quantités suivantes :

Suif . 1.200 kilogrammes.

Huile de coco . 600

Lessive de soude à 25° B. . . 280

On ajoute encore au savon terminé lorsqu’on veut raffiner 50 à 60 kilogrammes d’une solution de sel de 25° B.

Savon de déchets de suif.

On fabrique un savon de qualité inférieure avec la masse cellulaire qui se dépose lorsqu’on épure le suif. Bien que l’on comprime assez fortement cette masse en fondant le suif, elle contient cependant encore de noiables quantités de graisse que l’on peut avanta¬ geusement transformer en savon. Il est absolument nécessaire, lorsque l’épuration du suif a été faite à l’aide d’acide sulfurique ou d’un autre acide, de divi¬ ser cette masse avant de la soumettre à la saponifioa- cation et de la laver à plusieurs reprises avec de l'eau, sans quoi l’acide qui y resterait mélangé enlèverait à la lessive ses qualités caustiques.

1.000 kilogrammes de masse cellulaire nécessitent de 1.000 à 1.100 kilogr. d’une lessive de soude concen¬ trée à 20° B; on porte la masse entière à l’ébullition, puis on la laisse reposer pendant 48 à 60 heures dans unechaudière couverte. Pendant ce temps, letissu cel¬ lulaire s’est complètement dissous sous l’influence de l’alcali, et il s’est formé un liquide parfaitement lim¬ pide. On porteceliquide à l’ébullition en ajoutant peu à peu assez d’huile de coco pour que le savon formé ne donne plus qu’une faible réaction caustique; la dose d’huile de coco nécessaire à la complète saponification

90

DU SAVONNIER

varie suivant la quantité de substance grasse conte¬ nue clans la masse primitive. On continue la cuite jus¬ qu’à complète disparition de l’écume et jusqu’à ce que l’essai dont nous avons déjà plusieurs fois fait mention indique que le savon est terminé.

Savon d’os.

Ce savon est d’une qualité encore inférieure au pré¬ cédent.

On l’obtient en faisant dissoudre des os réduits en petits morceaux dans une lessive de soude concentrée ; les cartilages se transforment en une substance gélati¬ neuse; les phosphates sont en majeure partie séparés et l’on saponifie complètement le savon très impur qui résulte de cette opération et qui contient encore une très forte proportion d’alcali libre, au moyen de suif, d’huile de palme ou même de résine. Un autreprocédé consiste à dissoudre les phosphates des os dans de l’acide sulfurique étendu et d’utiliser la solution pour la fabrication du phosophore, tandis que l’on soumetà la saponification le résidu composé de cartilages et de substances grasses. Ce procédé qui permet d’utiliser complètement toutes les substances contenues dans les os, ce qui naturellement diminue beaucoup le prix des divers produits obtenus, était autrefois considéré sans conteste comme le plus convenable.

Mais depuis que dans les fabriques on extrait la graisse des ospar le sulfure de carbone ou la benzine, ce procédé ne peut plus être recommandé et il est bien préférable de dégraisser les os pour obtenir ensuite du noir animal, de la colle, etc.

Le savon d’os fabriqué d’après l’ancien procédé est toujours coloré en brun foncé et possède une odeur désagréable de colle animale.

FABRICATION DES

VERSES SORTES DE SAVC

91

Actuellement ce savon n’est plus guère fabriqué en grand, vu que par suite de l’emploi toujours plus con¬ sidérable du noir animal dans les fabriques de sucre, on emploie avec beaucoup plus d’avantage les os à la fabrication du noir qu’à celle du savon.

Savon de résine.

Depuis que leprixdelarésinedepinadiminué, sur¬ tout à la suite de la croissance de l’exportation améri¬ caine, on emploie la résine sur une bien plus grande échellequ’autrefois pour la fabrication du savon; cepen¬ dant on ne fabrique pas de savon purement à la résine, mais on saponifie plutôt des quantités variables de suif, d’huile de palme, d’huile de graine de palmier et d’huile de coco en même temps que la résine. La dose de résinevariesuivantleprixdu savon que l’on veut fabri¬ quer; on prend pour unequalité supérieure30à 50 par¬ ties en poids de résine par 100 parties dégraissé, tandis que pour les qualités plus ordinaires on en prend même jusqu’à 100 parties. Les résines contenant des acides libres, la saponification se fait facilement et l’on peut même obtenir des savons de résine à froid (par bras¬ sage). Les lessives doivent être, il est vrai, assez con¬ centrées (1.235 à 1.256, soit 28 à 30° Bau mé), mais il n’est pas nécessaire qu elles soient complètement libres d acide carbonique, les résines ayant la propriété de décomposer les carbonates alcalins.

On peut procéder ou bien en saponifiant séparément les grrisses et la résine et en mélangeant les savons terminés, ou bien en saponifiant d’abord la graisse, en y ajoutant la résine puis en achevant la saponification, ou bien encore en faisant fondre ensemble la graisse et la résine et en y ajoutant peu à peu et en remuant

C3 MANUEL DU SAVONNIER

fortement une lessive à un degré élevé; on continue ensuite à brasser jusqu'à ce que le savon commence à s’épaissir.

Pour mener à bien la fabrication par brassage d’un bon savon de résine il faut :

Résine . . 1 .000 kilogrammes

Huile de coco . - 500 à 550

Huile de palme . 500 à 550

Lessive de [soude (35" B.) _ 1.600

Les savons de résine sont en général jaunes ou bruns et transparents (savons transparents).

Grâce à leur propriété de s’assimiler beaucoup d’eau, ils sont facilement solubles dans l’eau et mous¬ sent beaucoup.

Mais ils conservent toujours l’odeur de résine qu’on parvient à couvrir le plus facilement au moyen d’une addition d’huile de myrbane (nitro-benzol) (G00 gram¬ mes par 1.000 kilogrammes de savon). Cette substance communique en même temps au savon un parfum agréable se rapprochant de celui des amandes amères.

On suit également les progrès de la cuite à l'aide do l’essai sur la feuille de verre. Lorsqu’en refroidissant la goutte de savon devient trouble, cela indique la présence d’eau en excès et dans ce cas il faut continuer la cuite; la goutte de savon reste-t-ell.e bien claire après complète solidification, c’est l’indice que l’on peut ajouter au savon la lessive destinée à le rendre fortement alcalin et qu’on peut le dresser.

Pour ce dressage on n’ajoute que très peu de lessive à la fois et l’on prélève une goutte d’essai environ 20 minutes après chaque addition de lessive.il se forme en la goutte d’essai pendant son refroidissement une

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS

93

pellicule finement plissée, mais qui doit disparaître totalement après le complet refroidissement.

Lorsque après complet refroidissement il se forme autour de la goutte d’essai transparente un anneau solide d’une couleur blanchâtre, que l’on désigne sous le nom de gris de lessive, le savon est bien réussi; mais lorsqu’il se forme un anneau d’un gris sale, qui re¬ couvre après refroidissement Ja goutte de savon pri¬ mitivement limpide et que l’on nontmejriîde graisse, il y a pénurie en lessive dont on doit ajouter une nou¬ velle portion.

On évapore ensuite le savon dressé; tantqu’ilconlient un excès d’eau, une portion prise à i’essai se trouble en se refroidissant et s’étire en fils minceslorsqu’on la comprime entre les doigts; tandis qu’on peut le trans¬ vaser dans les reffoidisseurs lorsque l’essai resle lim¬ pide après refroidissement, qu’il ne se forme pluscle (ils etque le savon se sépare sans bruit en grandes plaques de couleur foncée, en ne produisant que peu d’écume. Si l'addition de lessive n’a pas été faite avec précaution, un excédent de lessive se reconnaît à ce que le savon n adhère pas ci la plaque de verre; mais qu’on peut l’enlever facilement avec l’ongle. On remédie à cela en ajoutant un peu de graisse transformée en émulsion par une lessive faible, afin d’acliver le mélange.

La constitution d’un savon mou n’est pas la même pour chaque saison : un savon qui, par exemple, sera parfaitement mou en élé pourra devenir en hiver par- faitementdur et même cassant. On remédie àcela dans la pratique, en employant en été des graisses plus diffi¬ cilement fusibles et des lessives complètement caus¬ tiques, tandis qu’en hiver on tera usage de lessives carbonalces.

34

MANUEL DU SAVONNIER

Les-savons de résine jaunes et bruns se préparent en ajoutant de la résine à de la graisse de palme ol de coco; on emploie aussi quelquefois un peu de suif pour la saponification. Leur couleur plus ou moins foncée, variant du jaune clair au brun foncé, dépend de l’emploi d'huile de palme blanchie ou. brute ainsi que de la dose de résine.

On donne aussi parfois une teinte artificielle plus foncée aux savons de résine bruns en y ajoutant une décoction de noix de galle ou de débris de cuir. Les savons de résine se dissolvent facilement en moussant forlement, propriété qui est due principalement à la forteproporliond’eauqu’ilscontiennenLordinaireim ni

Savon transparent.

Les savons transparents ont généralement une appa¬ rence jaune de cire et sont très transparents ; Cette der¬ nière qualité les désigne tout spécialement pour sa vous de toilette.

Cn les fabrique de diverses manières. La méthode suivante que nous avons expérimentée donne de très bons résultats. On saponifie, suivant la méthode habi¬ tuelle, 100 kilogrammes d’huile de coco et 20 kilo¬ grammes d’huile de palme avec une lessive très concen¬ trée jusqu’à faible réaction. caustique, puis on ajoute dans le savon bouillant 15 kilogrammes de résine fine¬ ment pulvérisée et l’on mélange par brassage.

On maintient le savon en ébullition active et l’on y ajoute un liquide qui sert à son mouillage et que l’on compose de 100 kilogrammes d’une solution de sel (1.073 à 1.088, soit 10 à 12° B.), portée par addition de soudeà 1.157 (20°B.)etde500â600grammesde sel de safurne; puis on verse le savon dans les moules.

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS

95

Suivant un nouveau procédé, on saponifie 70 kilo- grain mes d'huile de coco avec 30 kilogrammes d'huile du palme et 20 à 40 kilogrammes de résine, de façon à ce qu i le savon présente une forte réaction alcaline. On ajoute ensuite au savon bouillant 20 à 25 litres d’une solution de potasse à 20° B. et 50 à 70 kilogrammes d'une solution de silicate de soude comme mouillage.

Savon d'Oranienbourg.

On fabrique sous ce nom un savon très estimé dans le nord de l'Allemagne, en saponifiant un mélange de graisse de coco et de palme qu’on mélange à du savon de résine; puis on affine à l’eau de sel et marbre enfin artificiellement, avec du noir animal ou du Bolus. On emploie :

Iluile de coco . .

Huile de palme brute. . .

blanchie

Solution de sel à 20” B..

Résine (saponifiée) .

Les savons gélatineux présentent pour le fabricant l’avantage de supporter un affinage avec de fortes quantités d’eau, de dissolutions salées ou de silicate de soude, et de donner une masse trois fois plus grande et même plus que la masse primitive de graisse. Par suite de leur teneur en alcali libre, ces savons se dis¬ solvent même dans de Veau très dure sans précipiter le sel gras de chaux insoluble et forment un moyen de nettoyage très actif.

Leur fabrication s’opère toujours avpc un mélange d’huile de coco, d’huile de palme et d’huile de graisse de palmier, et au cas échéant aussi d’huile de coco et de suif, que l’on saponifie par un mélange de lessive de

1.000 kilogrammes 500

500

1.000

1.000

MANUEL DU SAVONNIER

soude et. de potasse et qu’on affine avec une solution salue de 20 a 23° B.

Niiiis .indiquons ci-après quelques bonnes recettes pour la fabrication de ces savons :

Huile de coco... . 1.000 kilogrammes.

Huile de graine de palmier . 1.000

Huile de palme (brute) . 315

Suif . 185

Lessive de soude causliqiie à 28° B. 2.675

Lessive de potasse à 25° B . 175

Solution salée . 2.600

Huile de coco . 2.500

Suif . 500

Lessive de soude caustique à 20" B. 480

Lessive de potasse à 30° B . . 180

S liulion salée à 25° B . 340

Huile de coco . 1.440

Lessivede soude caustique à25° B. 1.500

Lessive de potasse à 12'' B . 3.520

Solution de polasse à 20° B . 1.920

Solution salée à 25° B . 4.000

Huile de coco . 1.360

Lessive de soude caustique à 40° B. 1.212

Solution salée à 25° B . 720

Solution de potasse à 30° B . 600

Eau . .... 2.060

Savons à détacher.

Les savons destinés à enlever les taches de graisse ou autres suries habits contiennenttoujoursunecertaine quantité de fiel de bœuf, qui possède une grande pro¬ priété dissolvante pour beaucoup de matières. Il est né¬ cessaire d’avoir ce fiel en quantité suffisantes! l'on veut fabriquer ce savon en certaines quantités. Mais comme cefielsedécpmposeexçessivementfacilementenrépan-

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS 97

dant une odeur pénétrante de pourriture et que les mouches à viande le recherchent particulièrement pour y déposer leurs œufs, de sorte que, surtout en été, la masse entière serait infestée d’une quantité de vers, il est indispensable de rechercher un moyen de con¬ denser ce fiel ; on y parvient avec le plus de succès en le décomposant par l’éther acétique. Pour cela on procède de la manière suivante : on introduit dans le récipient à fiel, de préférence un tonneau, environ 7 litres d’éther acétique et l’on y ajoute peu à peu 100 litres de fiel de bœuf; le mélange peut se conserver pendant plusieurs mois sans se pourrir.

Le fiel peut se conserver aussi par l’acide carbolique et ce procédé est meilleur marché et préférable au pré¬ cédent.

100 grammes d’acide carbolique cristallisé suffisent pour 100 litres de fiel. Le savon préparé avec du fiel con¬ servé de cetle dernière façon, garde une faible odeur d’acide carbolique, mais qui n’est pas désagréable. Le savon à détacher est préparé de diverses façons : une mé¬ thode très simple consiste en ce que l’on emploie 50 kilo¬ grammes de fiel conservé pour chaque ICO kilogrammes de savon de suif ou de résine de bonne qualité; on agite ensuite jusqu’à mélange complet et l’on termine par le moulage.

Les boules de savon à détacher se préparent de di¬ verses façons : on fond 20 kilogrammes de savon granulé au suif avec 4 kilogrammes de fiel et l’on cuit la masse jusqu’à ce qu’elle se prenne rapidement. On y ajoute, avant qu’elle ne se solidifie, 500 grammes de térébenthine et 2 kilogrammes d’ammoniaque caustique et même aussi 1 kilogramme de sucre. D’autres savons à détacher sont composés de savon ^,lanc,' de potasse et d’huile de

98 MANUEL DU SAVONNIER

genièvre (16 parties de savon, 4 de potasse, % d’huile do gënièvre; ou bien 48 de savon, 3 de vitriol blanc, 1 de noir de fumée et 1 1/2 d’ammoniaque caustique, ce qui donne le savon à détacher noir). 48 parties de savon, 3 dépotasse et 3 de vert-de-gris en poudre, donnent le savon à détacher vert; etc. Depuis que la benzine et la ligroïne forment un article de commerce, on emploie beaucoup moins de savon à détacher qu’autrefois, les deux liquides susnommés enlevant très facilement les taches de graisse sur les habits.

Savons mous.

La potasse caustique donne toujours avec les acides gras des composés mous; lorsqu’on emploie des graisses très riches en oléine, on obLient des savons qui ne se so¬ lidifient jamais et qui présente une consistance plus ou moins butyrique ou graisseuse. Beaucoup de fabricants ont cherché, à cause du prix élevé de la potasse, à la remplacer par de la soude, sans toutefois avoir obtenu de résultat satisfaisant.

On ne parvient à fabriquer de bon savon mou que si l’on ne pousse pas le mélange des lessives de soude et de potasse en dehors d'une certaine mesure. Lors¬ qu’on la dépasse, le savon perd le caractère du savon mou et l’on obtient un savon, mou à la vérité, qui n’a pas la propriété d’adhérer fortement et sans effort au papier, au bois et à des substances du même genre. Tous ces savons ont l’apparence d’une masse de colle à la¬ quelle on aurait ajouté suffisamment d’eau pour la trans¬ former en gelée. Si l’on saponifie par exemple de l’huile de chanvre par de la soude, on ne doit en mélanger que 40 à 45 parties au plus avec 60 ou 65 parties de savon mou véritable, pour obtenir un produit possédant les

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS 99

caractères distinctifs de ce dernier. 11 est aussi très im¬ portant que la lessive de potasse employée à la fabrica¬ tion du savon mou, ne contienne absolument pas de sel, car celui, -ci provoquerait pendant la cuisson la séparation du savon à la soude.

La séparation des savons mous présente- certaines difficultés en ce qu’il s’agit d’un côté de déterminer le moment l’on doit suspendre l’addition de la lessive, et de l’autre, reconnaître le moment le savon est cuit à point; il faut en effet éliminer du savon mou, par évaporation, toute l’eau superflue. La marche générale à suivre, qui, à la vérité, varie un peu selon la nature de la graisse employée, est la suivante :

On verse sur les matières grasses le quart de la quan¬ tité enlière de lessive (d’une densité de 1,157, soit 20° B.) et l’on cuit en agitant continuellement jusqu’à complète association de la graisse et de la lessive, puis l’on ajoute à nouveau de la lessive jusqu’à ce que la masse com¬ mence à s’éclaircir et l’on cuit enfin à feu modéré jus¬ qu’à ce qu’une portion prise à l’essai ne s’écoule plus en fil de la spatule.

Ces dernières produisent toujours un savon plus mou que les lessives complètement caustiques. On obtient les lessives carbonatées en employant 10 à 20 pour cent de chaux en moins en hiver qu’en été pour rendre les lessives caustiques.

Toutefois,- nous employons toujours le procédé le plus simple qui consiste à saponifier sans exception avec des lessives caustiques, et à remplacer, dans les savons d’hi¬ ver, une partie de la lessive caustique par de la lessive de potasse de 3n à 40° B.

MANUEL DU SAVONNIER

Savons à l’huile.

Les matières principales qui entrent dans la fabrica¬ tion de ces savons sont l’huile de baleine ou de phoque; l’huile de chanvre, l’huile de navet, l’huile de lin et l’acide oléique, auxquelles on peut ajouter 10 à 15 pour cent de résine.

La lessive doit être une lessive de potasse à laquelle on peut ajouter jusqu’à 40 pour cent de lessive de soude ; on diminue cette quantiLé de lessive de soude lorsqu’on veut fabriquer des savons d’hiver ou lorsqu’on emploie des graisses plus fermes.

Le savon d’huile est épais, tenace, gélatineux, très brillant et possède une couleur vert foncé, brune ou noire et toujours une odeur particulière déterminée par les acides gras volatils inhérents à diverses sortes do matières grasses. On peut fortement mouiller le savon à l'huile au point de lui donner la moitié de son poids en eau. On se sert de matières très diverses pour le mouillage; on emploie le plus souvent du silicate de soude, du sel de cuisine et de l’alun, du sulfate de po¬ tasse et parfois de la gélatine de qualité inférieure et do l’amidon.

Le sel et l’alun sont en général employés en solution dans la proportion de 2 parties de sel de 1 partie d’alun. Le mouillage à l’aide de gélatine et d’amidon de pommes de terre peut être poussé à un très grand degré, à ohush de la constitution gélatineuse de ces matières et sans que leur présence dans le savon devienne visible.

Cependant ces additions ne sont pas justifiables au point de vue de la loyauté commerciale, car ni la géla¬ tine ni l’amidon ne possèdent les propriétés du savon. Tandis que 100 parties en poids d’huile donnent e?

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS 101

moyenne 230 à 250 parties en poids de savon à l'huile, do peut porter ce poids à 300 et 360 parties par un mouil¬ lage avec de la gélatine et plus particulièrement avec de l'amidon de pommes de terre; il est vrai que les deux tiers seulement de la masse entière sont formés de savon proprement dit.

Bien que la couleur d’un savon ne soit toujours qu’une chose accessoire, beaucoup de consommateurs tiennent à avoir un savon à l’huile d’une couleur déterminée ; pour répondre à leur désir on colore le savon artificiel¬ lement, en général en vert ou en noir. La couleur verte s’obtient au moyen d’indigo finement pulvérisé et lavé et l’on brasse le savon coloré enjaune(lejauneetlebleu donnent une couleur verte). Mais il est difficile d’obtenir de cette manière une coloration uniforme; on réussit mieux en laissant digérer l’indigo fortement séché pendant plu¬ sieurs jours dans un endroit chaud avec son poids d’acide sulfurique fumant; la solution est ensuite décomposée par de la soude tant que la masse écume lorsqu’on la remue par suite du dégagement de l’acide carbonique.

Il se forme un carmin d’indigo facilement soluble qui, à cause de sa solubilité même, se mélange sans diffi¬ culté au savon. On calcule ordinairement que pour obte¬ nir une coloration suffisante, il faut 2 k. 5 d’indigo pour 1,000 kilogrammes de savon.

La coloration en noir s’obtient facilement en décom¬ posant le savon mou par une décoction de substances contenant du tanin, telles que de l’écorce de chêne et des noix de galle, auxquelles on ajoute un peu de sulfate de fer en solution.

Savon mou à l'Élaïne.

Ce savon désigné aussi sous les noms de savon d’élaïne lisse, savon argenté, et qui s’obtient en général en sa-

MANUEL

SAVONNIER

10?

ponifiaat l’huile de palme blanchie, mêlée à de l’acide oléique,à l’aide d’une lessive conlenant 40 à 50 pour cent de soude. En diminuant la quantité de lessive de soude on donne au savon la transparence qui caractérise le véritable savon mou. Mais on n’aime pas donner cette transparence au savon à l’élaïne et l’on préfère qu’il soit moins transparent et qu’il présente une surface d’un brillant argenté.

Lorsqu’on emploie de la résine pour la fabrication de ce savon, -il faut qu’elle soit parfaitement blanchie, mais le savon n’a pas le brillant qui lui est propre. Il faut en général 40 à 50 pour cent d’huile de palme et G0 pour cent d'acide oléique (cas échéant 30 pour cent d’acide oléique et 30 pour cent d’huile de lin, ou bien encore 90 pour cent d’huile de palme et 10 pour cent de résine).

Savon granulé naturel.

Ce savon s’obtient en saponifiant en même temps que l’huile, de l’huile de palme ou du suif, en employant des lessives ne contenant que très peu cle soude , au plus 4 à 5 pour cent. Pendant le refroidissement, le savon mou, limpide et transparent, laisse déposer des cristaux de savon de palmitine et de stéarine qui forment le grain du savon.

Mais ce précipité n’a lieu d’une manière convenable que lorsqu’on fait refroidir le savon à une température constante de 8 à 16° G. Une cave, par exemple, convient parfaitement à la fabrication de ces savons. Si la tem¬ pérature est inférieure à celle que nous venons d’indiquer, la masse entière se solidifie ordinairement déjà avant la formation du grain et reste limpide, tandis qu’elle devient blanche, opaque et privée également de grain si la lessive contient trop de soude.

FABRICATION DES DIVERSES SORTES DE SAVONS 103

55 kilogrammes d’huile de palme nécessitent 45 kilo¬ grammes d’acide oléique, ou bien 30 kilogrammes d’huile do lin, 15 de suif, ou encore 4 de suif et 36 d'huile de chanvre.

Savon granulé artificiel.

Ce savon est tout simplement un savon ordinaire à l’huile, auquel on ajoule, au moment la solidification commence, des poudres blanches que l’on mélange à la masse par un brassage : ce sont de la poudre de chaux, de l’argile blanche lavée ou de l’amidon.

Le grain ainsi obtenu porte préjudice à la valeur même du savon, car les substances mélangées sont absolument sans aucun effet.

Savon mou blanc ou à l'huile de coco.

Il se fabrique en saponifiant trois parties de suif et une partie d’huile de coco par un mélange de deux parties de lessive de potasse et une partie de lessive de soude, puis en ajoutant assez de lessive pour que le savon brûle à la langue ; après salage avec de l’eau salée, on obtient une masse blanche de savon tenant, au point de vue de sa constitution, le milieu entre un savon dur et un savon mou ; elle est déjà assez ferme pour qu’on ne puisse plus l’étenare facilement et se rapproche par sa consistance du fromage fraîchement fait.

On sale assez fortement à l’aide d’eau salée à 20° B. pour obtenir en savon quatre fois la quantité de graisse employée.

Emplâtres.

Ce sont des savons contenant, au lieu de potasse ou de soude, de l’oxyde de plomb combiné avec des acides gras. On les obtient en cuisant de la graisse molle (du sain¬ doux), de l’huile ou de l’acide oléique-avec de la litharge

104 MANUEL DU SAVONNIER

linement pulvérisée en remuant continuellement et en remplaçant l’eau évaporée, jusqu’à ce que l’emplâtre présente une masse qui, à la température de la main, se laisse encore pétrir à sa surface, mais se solidifie à l’air. Les emplâtres sont en savon lourd jaunâtre ou verdâtre, selon la graisse employée, conlenant un peu de graisse non décomposée et toute la glycérine de la graisse em¬ ployée. Leur propriété adhésive les fait employer dans la chirurgie comme sparadraps, ils sont désignés aussi en pharmacie sous le nom de diachylon ou « emplastrum lilhargir simplex », et vendus généralement sous forme de bâtons cylindriques, obtenus en roulant la masse à l’état chaud.

IX. SAVONS MÉDICINAUX

Les propriétés que possède principalement le savon de nettoyer complètement la peau, le rend lout particuliè¬ rement propre à mettre en contact, avec la peau, cer¬ tains produits médicinaux.

Tout savon possède du reste, à part ses qualités dé- tersives, et surtout le savon mou fortement alcalin, une certaine action médicale sur la peau, semblable il est vrai, à celle des alcalins, mais moins énergique. Tout savon, quel qu’il soit, augmente l’activité de la peau en ouvrant les pores et en permettant à la transpiration et aux glandes graisseuses de fonctionner librement. Les savons mous agissent en ce sens plus énergiquementque les savons durs, à cause de leur teneur plus grande en alcali libre. Les savons mous sont même le remède le plus sûr contre la gale. Les savons médicinaux contien¬ nent toujours certaines substances étrangères exerçant sur la peau une action médicale; on les désigne généra¬ lement d’après les matières qui leur sont ajoutées. On

SAVONS MÉDICINAUX 105

emploiê ordinairement comme base des savons médi¬ cinaux des savons granulés au suif ou de Marseille, de bonne qualité, quelquefois aussi de la poudre de savon sur la fabrication de laquelle nous reviendrons dans un des chapitres suivants.

Nous donnons ci-après quelques recettes pour compo¬ ser les savons médicinaux les plus fréquemment employés; nous ajoutons que l’on peut unir aux savons toutes les substances qui doivent réagir sur la peau, afin de les faire agir soit par contact direct, soit en solution dans les bains.

Savon au camphre. 10 parties de poudre de savon,

I partie de camphre mélangées intimement. Employé contre les engelures et dans les cas de congélation.

Savon à l’acide carbolique. On décompose un savon blanc ordinaire par 2 ou 3 pour centd’acide carbolique pur.

II est excellent pour se laver, lorsqu’on a été en contact avec des corps pouvant communiquer une maladie con¬ tagieuse. Le savon à l’acide carbolique remplace actuel¬ lement très souvent le savon au chlore.

Savon au chlore. Savon désinfectant. On mélange 8 à 10 parties de poudre de savon et 1 parLie de chlorure de calcium ordinaire, puis on moule en petits morceaux dans une presse à savon. Ce savon s’emploie spéciale¬ ment à faire disparaître la mauvaise odeur des mains après les dissections, etc. Le chlore devenu libre par suite de la dissolution du savon dans l’eau, en forme le principe actif.

Savon à l'huile decroton. Il est préparé par mélange d’une lessive de potasse très concentrée avec de l’huile de croton (60 d’huile et 34 de lessive); il est employé en remède interne comme purgatif violent.

Savon au gatjac. On saponifie de la résine de gayac

11ANU1ÎL DU SAVONN'IËl

100

par de la lessive de potasse. Le savon de résine ainsi obtenu s’emploie en médecine à cause de son action astringente, particulière à la racine de gayac.

Savon au miel. On lë-prépare en fondant ensemble 12 à 16 parties de savon de suif de bonne qualité, avec 1 à 4 parties de miel d’abeilles aromatisé ; on l’emploie contre les gerçures et les crevasses de la peau.

Savon aujalap- On traite 2 parties de résine de jalap et 2 parties de savon de Marseille par 4 parties en poids d’esprit de vin fort, on cuit la masse amollie au bain- marie, jusqu’à ce qu’eu refroidissant elle prenne une consistance assez ferme. On en fait des pilules employées comme purgatif énergique.

Savon ioduré. On mélange intimement 12 parties de savon etl partie d’iodure de potassium en poudré fine. Ce savon s’emploie en solution aqueuse pour la prépa¬ ration de bains lors de maladies de la peau.

Savon à l'huile de ricin. On l’obtient en saponifiant de l’huile de ricin par de ia magnésie calcinée (magne- sia usta); il est blanc et s’emploie comme purgatif éner¬ gique.

Savon salie y lé. Il se fabrique en agitant une solution alcoolique saturée d’acide salicylique dans du savon, en employant 1 partie en poids de la solution pour environ 10 parties de savon.

Ce savon possède toutes les qualités' désinfectantes du savon à l’acide carbolique, mais se distingue de ce der¬ nier par l’absence d’odeur.

Savon au tanin. 12 à 16 parties de poudre de savon eL 1 partie de tanin pur, obtenue par macération de noix de galle dans un mélange d’esprit de vin et d’éther et par évaporation de la solution, donnent un remède très asLringent qui, dissous dans un bain, s’emploie contre

MOULAGE DES SAVC

107

les engelures et les transpirations nauséabondes des pieds.

Savon de térébenthine. 1 kilogramme de poudre de savon, 1 kilogramme d’huile de térébenthine rectifiée, 150 grammes de carbonate de potasse (potasse). Ce savon, fréquemment employé, donne de bons résultats dans le traitement des rhumes, des douleurs articulaires, des gonflements des glandes, des engelures, etc.

Savon au goudron. 12 à 16 parties de savon et 1 ou 2 parties de goudron de bouleau ou de goudron de houille ordinaire. C’est un des moyens les plus efficaces contre les éruptions de la peau ; il est cependant aujour¬ d’hui fréquemment remplacé par le savon à l’acide car- bolique ou par le savon salicylé.

A part les savons médicinaux que nous venons d’énu¬ mérer, il en existe une assez grande quantité d’autres qui sont ou bien vendus à titre de spécifiques (ordinai¬ rement sans effet aucun), ou bien préparés suivant des ordonnances médicales spéciales.

Mais ces savons sortent du cadre chimico-technique qui seul doit prévaloir dans un ouvrage dans le genre de celui qui nous occupe en ce moment. Nous ajoute¬ rons donc seulement au sujet de ces savons, que beau¬ coup d’entre eux sont composés de substances qui ne peuvent avoir aucune action chimique ni médicale et qu’il serait déloyal d’en recommander l’emploi.

X. MOULAGE DES SAVONS

Les savons ordinaires sont généralement vendus au poids et en morceaux de grosseur égale et d’un poids déterminé.

Pour en arriver à ce résultat le savon subit diverses

108

MANUEL DU SAVONNIER

manipulations et passe par divers appareils que nous allons décrire. Il s’agit avant tout de reproduire le savon terminé sous forme de grands blocs prismatiques. Cette opération a lieu dans les moules représentés par la

Les moules employés primitivement étaient en bois et en forme de caisses prismatiques pouvant se démonter et de capacités variables. Les moules employés pour les savons gélatineux et pour les savons de toilette fins, peuvent contenir environ 50 à 800 kilogrammes de savon. Pour les savons granulés on utilise des moules beaucoup plus grands d’une contenance do 1,500 à 4,000 kilogram- Flg- 5- mes de savon.

Le moule consiste en un fond massif a dans lequel s’adaptent au moyen de rainures des parois verticales renforcées par des montants d. Le moule une fois monté, on passe dans les petits côtés les vis e serrées au moyen des écrous/, de façon à le rendre bien étanche et à ce que le savon ne puisse s’écouler au dehors. Les endroits défectueux qui se présentent assez fréquemment dans des moules anciens et d’un emploi répété, se bouchent avec du savon achevé.

Le savon se refroidit lentement dans les moules en bois et -donne un très beau grain; mais les moules en fer sont préférables si l’on veut obtenir un travail rapide ; ces moules en fer sont construits exactement de la même manière que les moules en bois et ont sur ces derniers l’avantage d’être plus durables, et par suite de leur plus grande conductibilité, de provoquer un refroi-

MOULAGE DES SAVONS

109

dissement plus rapide du savon. G’est aussi pour celte rai¬ son que les grandes fabriques n’emploient que des moules en fer. La fig. 6 représente un de ces moules en fer sous sa forme la plus pratique.

Leurs parois sont en tôle unie et con¬ solidées par des ca¬ dres en fer; en outre, les côtés longs sont renforcés à leur par¬ tie supérieure par des tringles trans¬ versales. Le moule, s’il est bien exécuté, ne doit pas laisser Fis- 6.

passer une seule goutte de savon li¬ quide. Dans beau¬ coup de cas, on cher¬ che à maintenir le sa¬ von versé dans le moule pendant un certain temps à l’état liquide; on peutaussi avec facilité, em¬ ployer les moules en fer en fixant par des crochets sur. leurs parois latérales des matelas d’une épaisseur de 10 à 15 centimètres et bourrés avec un mau¬ vais conducteur de la chaleur, tel-que de la paille ou de la paille hachée. Le savon reste dans des moules en fer enveloppés de cette façon (fig. 7) aussi longtemps liquide que dans des moules en bois à parois épaisses.

Fig. 7.

couteau proprement dit. On place le fil de fer plus ou moins haut, suivant que l’on veut obtenir une barre de savon plus ou moins épaisse. L’appareil se place ensuite sur le bloc de savon, on le saisit par la poignée et l’on coupe en le tirant à soi une plaque d’une épaisseur voulue.

En coupant le savon avec le même appareil placé verticalement à sa pre¬ mière position, on obtient des plaques prismatiques que l’on divise en petits morceaux égaux sur la table à découper (fig. 10).

Le plateau A de la table à découper, limitée sur ses côtés par les bordures B,

B, a la même largeur qu’une barre de savon. Elle porte à sa partie antérieure une tringle en fer servant de guide au fil de fer E E, avec lequel on découpe le savon. La bordure F, maintenue par des vis, se déplace plus ou moins suivant la longueur que l’on veut donner au morceau de savon. On pousse la barre contre la bordure F, on coupe, puis on enlève le morceau coupé et l’on continue de même jusqu’à ce que la barre entière ait passé au couteau. Les morceaux S sont ensuite divisés en morceaux plus petits dans l’en¬ taille G.

Nous donnons ci -après le modèle d’une machine à couper le savon; cette machine (fig. 11) est très em ployée, elle est munie d’une échelle divisée en millimè¬ tres et d’une aiguille indicatrice, qui permettent à l’ouvrier de toujours couper des morceaux de savon d’une grosseur parfaitement égale ; ceci a tout parti-

Fig. 10.

112 MANUEL DU SAVONNIER

culièrement son importance lorsque les morceaux de savon sont destinés à recevoir une empreinte.

On donne aux savons üns, surtout aux savons de toi¬ lette, non seulement une forme prismatique, mais aussi une forme ovale avec des coins arrondis, en les enjolivant d’orne¬ ments et d’inscriptions diverses. On obtient ce résultat par l’estampage , sur lequel nous reviendrons plus particulièrement en parlant de la fabrication des savons de toilette.

Lorsque la solidification du savon a eu lieu dans des moules qui ne se démontent pas, on se sert, pour le couper en prismes, d’outils divers et sim¬ ples, dont nous fai¬ sons ci-après la des¬ cription tout en in¬ diquant leur usage. On lisse tout d’abord la surface raboteuse du sa¬ von au moyen du racloir (fig. 12), qui a la forme d’une truelle tranchante sur ses côtés a b et c d, puis on coupe le savon au moyen du

couteau (lîg. 13).

Un seul ouvrier ne suffirait pas pour faire passer ce couteau à travers la masse de savon entière; ce travail

moulage des savons

113

nécessite la réunion de plusieurs hommes. On emploie pour cela un guidon en fer (üg. 14) ayant la forme d’un étrier et que l’on adapte au couteau en plaçant le dos de ce dernier en a. On plante le couteau dans le savon à l’un des bouts du moule; un ouvrier appuie avec le pied le guidon contre le couteau, saisit ce dernier par sa poignée et veille à ce que la lame suive une direction égale et rectiligne, tandis que deux autres ouvriers, placés à l’autre bout du moule, tirent le couteau à eux par deux cordes fixées aux chaînes b b du guidon. On enlève ensuite les barres de savon ainsi obtenues au moyen d’une spatule très simple recourbée, à angle droit, et l’on continue l’opération sur la table à découper.

Gomme il est, pour diverses rai¬ sons, utile de pouvoir obtenir des morceaux de savon de dimensions égales et presque du même poids, il est préférable, pour de grandes fabriques, de se servir de machines à découper à l’aide desquelles un bloc de savon de fortes dimensions puisse se diviser en un nombre donné de morceaux plus petits et égaux entre eux.

Les fig. 15 et 16 représentent la disposition de machines à découper le savon en barres et en mor¬ ceaux.

La machine destinée à découper le savon en barres (lig. 15 et 16), consiste principalement en un cadre nommé « cadre universel », formé de huit éclisses en fer fixées deux à deux sur un fort châssis en fer de façon à

g

former un accouplement e. Les huit eclisses forment ainsi quatre accouplements placés deux par deux à égale distance l’un de l’autre.

Aux éclisses sont fixés des écrous en fer tournant faci¬

lement, et entre deux écrous correspondants sont ten¬

dus des fils de fer que l’on peut tendre fortement en vis¬ sant les écrous.

Des roues d’arrêt empêchent ces derniers de se dévis¬ ser et des ressorts à boudin g, empêchent la rupture des fils en cas de trop forte tension. En avant des quatre éclisses qui supportent les écrous, sont placés quatre montants en bois h sur lesquels est gravée la mesure en hauteur et en largeur des barres de savon prises séparé¬ ment, de telle façon que chaque côté du montant porte la mesure d’une sorte de barre.

Les chevilles i maintiennent les montants dans la position oui leur a été donnée et les fils de fer sont ten-

MOULAGE DES SAVONS

dus à travers les entailles des montants parfaitement parallèlement entre eux.

Suivant la position que l’on fait prendre aux montants en bois, l’on peut, avec cette machine, couper des barres de savon de quatre dimensions différentes et l’on varie la hauteur et la largeur de la coupe en déplaçant les montants; on déplace ensuite les fils selon la posi¬ tion des entailles.

Lorsqu’on veut ranger autrement la machine, l’on donne au cadre (flg. 15) une position horizontale (fig. 16), ce qui se fait en le faisant pivoter sur les char¬ nières K après avoir levé le cran d’arrêt l. On peut alors tourner le cadre ainsi que l’avant-table d et l’on peut procéder au chargement désiré.

Le bloc m sert à conduire la masse de savon au-devant des lils découpeurs. Ce bloc est fixé à une crémaillère qui, mue par une roue dentée et sa manivelle, fait avan¬ cer le savon au-devant des fils de fer entrecroisés ; ceux- ci découpent le savon en barres d’égales grosseurs sui¬ vant l’écartement qu’on leur a donné.

SAVONNIER

116 MANUEL DU

La machine à morceler le saoon (fig. 17) divise les barres de savon en morceaux égaux.

Un plateau vertical fixé à une crémaillère en fer d, mue par manivelle c, sert à pousser en avant le paquet de barres de savon placées dans la caisse a.

Le cadre à découper on fer e reçoit un mouvement vertical de va-et- vient dans des ac¬ couplements par la manivelle / et par deux courroies qui s’enroulent et se déroulent alter¬ nativement sur les rouleaux h.

Le fil à découper est fixé par l’un de ses bouts au res¬ sort k et par l’au¬ tre au bouton m, muni de crans d’arrêt.

Ce fil passe sur les deux rouleaux conducteurs l.

La. tige ronde en fer n met le cadre en fer c en com¬ munication avec la planche à mesurer o. Cette dernière est disposée en forme de fourchette et reçoit dans l’avant-table un mouvement de va-et-vient en même temps que le cadre e.

Les fourchettes de la planche à mesurer passent à travers l’avant-table eL la planche o est guidée par deux listes q. Son mouvement horizontal est

TADUEAUX de cuisson 117

obtenu par la vis r, mue elle-même par la mani¬ velles.

Au début de l’opération, on remplit la caisse a de barres de savon ; on la- pousse au moyen de la mani¬ velle s selon la longueur que l’on veut donner aux mor¬ ceaux. On soulève ensuite avec la manivelle le cadre à découper, ainsi que la planche à mesurer, jusqu’à ce que le fil se trouve placé au-dessus des barres de savon.

On fait alors avancer les barres b, en tournant la manivelle c jusqu’à ce qu’elles viennent toucher la planche à mesurer.

En tournant la manivelle/, on fait descendre le cadre à découper e, ce qui permet au fil de couper des mor¬ ceaux égaux sur toutes les barres.

La planche o s’abaissant en même temps que le cadro à découper, on peut enlever les morceaux de savon complètement détachés des barres.

La planche à mesurer peut se placer à n’importe quelle distance des fils découpeurs; il est ainsi loisible de couper des morceaux de toutes longueurs.

Tous les morceaux de savon étant égaux les uns aux autres, ils ont aussi tous le même poids, lorsque le savon possède une densité uniforme.

XI. TABLEAUX DE CUISSON

Bien que l’on puisse facilement, avec les tableaux de lessive indiqués plus haut, calculer les quantités de graisse et de lessive nécessaires à une saponification complète, le fabricant tient cependant à avoir un point de départ qui lui fournisse directement des données sur les quantités de graisse et de lessive qu’il doit employer.

MANUEL

SAVONNIER

118

On obtient ces données au moyen des tableaux de cuisson que nous donnons ci-après, l’un pour les lessives de soude et l’autre pour les lessives de potasse, ainsi que pour les graisses le plus fréquemment en usage.

Nous faisons remarquer encore que les chiffres indi¬ qués plus loin ne se rapportent qu’à des matières chimi¬ quement pures ou à cent pour cent. Si, par exemple, dans le tableau I nous indiquons que 100 parties d’acide oléique se saponifient le mieux par 84 parties de lessive de soude à 30° B.; il est entendu que la lessive de soude doit contenir la quantité de soude caustique nécessaire pour porter à 30° B. la lessive, en admettant qu’elle no contienne que de la soude chimiquement pure en solu¬ tion.

Il faut employer une quantité de lessive d’autant plus grande qu’elle est préparée avec de la soude moins pure.

1. Tableau de cuisson pour les savons à la soude.

11 faut, pour saponifier complètement 100 parties de graisse :

100 PARTIES

néccssilen

pour la sa

onificalion

ay.::

Bd.me°

Oxyde

de

sodium

Oxyde hydraté do sodium

Carbonate

de

10

1T

T

Suif .

10.66

13.66

18.33 1

273

137

105

80

Acide oléique .

11.00

14.33

19.00

287

143

110

84

Huile de palme.

11.50

15.00

20.00

300

150

115

89

Huile de coco .

13.50

17.50 j

23.00 I

350

175

135

103

FABRICATION DES SAVONS PAR LA VAPEUR

119

II. Tableau de cuisson pour les savons à la potasse. Il faut, pour saponifier complètement 100 parties

de graisse :

100 PARTIES

nécessitent pour la saponification

hydraté de

Carbonate

de

en de".

B. une

or^lo

i > -

i ■>

Suif .

ifi.no

19 33

24.00

322

123

97

V

Acide oléiqite .

1 G . 00

20 00

25.00

333

133

ton

Huile de palme.

17.50

20.06

26.00 |;

.3 13

138

133

77

Huile de coco .

20.50

24.33

30.00 :l

405

102

122

90

XII. FABRICATION DES SAVONS PAR LA VAPEUR

L’emploi de la vapeur d’eau dans la fabrication du savon présente de tels avantages qu’il mérite d’être introduit dans toutes les fabriques de quelque impor¬ tance. Les avantages que le chauffage par la vapeur présente sur le chauffage à feu nu, consistent en ce que l’on peut atout moment régler à volonté la tem¬ pérature, en diminuant ou en augmentant l’entrée de la vapeur, de sorte que la masse savonneuse ne monte pas, ainsi que cela arrive facilement lorsqu’on travaille à feu nu ; il en est de même pour le danger d’un coup de feu que l’emploi de la vapeur évite totalement, même lorsqu’on ne remue pas la masse.

L’emploi de la vapeur est en outre économique, puisque l’on peut l’arrêter au moment même le savon est terminé et qu’on évite ainsi tout emploi inu¬ tile de combustible.

Mais, autant l’emploi de la vapeur dans les sa¬ vonneries présente des avantages sérieux, autant il

f20 MANUEL DU SAVONNIER

était difficile d’en déterminer le véritable mode d’em¬ ploi.

Si d’un côté, en effet, on travaille à vapeur directe, c’est-à-dire si l’on dirige directement la vapeur dans la chaudière à saponifier, on obtient tellement d’eau qu’il n’est plus possible de granuler le savon, car la vapeur pénétrant dans la masse doit se condenser jusqu’à ce que le contenu de la chaudière devienne assez chaud pour que cette condensation n’ait plus lieu. On a, pour cette raison, cherché à combattre la formation de trop grandes quantités d’eau dans la masse du savon en employant une plus faible quantité de vapeur au début de l’opération; mais cela a ses inconvénients, qui influent beaucoup sur la marche régulière de la sapo¬ nification.

Dans le but d’éviter la présence d’une trop grande quantité d’eau dans la masse de savon par suite de l’introduction de la vapeur, on a proposé de construire des chaudières à double fond; mais on a reconnu que dans ce cas la perte de chaleur augmentait beaucoup trop les frais de fabrication.

La masse de savon, par suite de sa consistance peu fluide, est assez mauvaise conductrice de la chaleur et. la partie centrale de la masse est encore parfaite¬ ment- froide tandis que ses parties plus rapprochées des parois de la chaudière sont déjà sur le point d’en¬ trer en ébullition.

Dans l’appareil de Holden, la saponification a lieu par l’emploi de la vapeur directe.

La construction de cet appareil est indiquée par la fig. 18. Deux supports en fonte A, solidement fixés au sol et réunis l’un à l’autre par une tringle D suppor¬ tent la chaudière à saponifier cylindrique IC. L’axe G II

FABRICATION DES SAVONS P/

VAPEUR

de cette chaudière repose sur les coussinets E E et porte en M une poulie qui le met en mouvement. Le tube N, surmonté d’une soupape de sûreté, est muni d’un clapet R s’ouvrant du dedans au dehors dans le cas la pression de la vapeur deviendrait plus grande dans le cylindre K que dans la chaudière à

vapeur elle-même. La boîte . joint étanche entre l’axe du cylindre et le tuyau à ,

étoupes P Q forme un

Le remplissage du cylin¬ dre se fait par l’ouverture S, fermée par une plaque maintenue à l’aide d’une

Le robinet T est destiné ' s ^

à faire pénétrer à volonté FiS’ 1S-

l’air dans le cylindre, à prendre les doses d’essai et à faire écouler le savon achevé. Le remplissage achevé, on dispose le cylindre de façon à ce que le robinet T se trouve placé en haut et on fait entrer la vapeur. On ferme le robinet T aussitôt que l’air s’en est échappé et que la vapeur commence à pénétrer dans le cylindre, puis on imprime à ce dernier un mouvement de rota¬

tion lent en continuant l’introduction de la vapeur. Les nombreux trous dont l’axe est perforé, ainsi que le mouvement continu du savon, accélèrent la saponifi¬ cation.

L’emploi de l’ agitateur tubulaire constitue un pro¬ grès dans l’emploi de la vapeur. Cet appareil consiste en un tuyau vertical placé dans la chaudière et pourvu, au moyen d’engrenages, d’un mouvement de rotation lent. A ce tuyau sont adaptés plusieurs tubes latéraux,

122 MANUEL DU SAVONNIER

généralement au nombre de quatre, courbés en ser¬ pentins et aboutissant à la partie inférieure du tuyau vertical.

La vapeur entre par la partie supérieure de ce der¬ nier, traverse les tubes latéraux et abandonne sa cha¬ leur à la masse de sa¬ von en se condensant en eau qui s’écoule par la partie inférieure du tuyau. Cette eau étant à sa sortie de l’appareil encore très chaude, on l’emploie à l’ali¬ mentation de la chau¬ dière.

La flg. 19 représente un de ces agitateurs, tels que les fabrique la maison Campbell Morjlt à Baltimore.

La vapeur amenée par le tuyau F passe par la boîte à étoupes Ii etpénètre dans le tuyau vertical B mis en mouvement par l’engrenage coni¬ que E D. Sur ce tuyau B sont greffés quatre tubes C recourbés sur eux-mêmes à^plusieurs reprises, ainsi que l'indique* le dessin; ces tubes aboutissent dans le tuyau B, juste au-dessus du fond de la chaudière A et à l’endroit par s’écoule l’eau de condensation.

Les petites barres fixées aux tubes recourbés C, servent à les protéger et forment en même temps des agitateurs.

FABRICATION DES SAVONS PAIl LA VAPEUR 123

Le contenu de la chaudière s’enlève par le tuyau G.

Bien qu’en principe sa construction soit bonne, cet appareil a cependant l’inconvénient de nécessiter un assez grand écartement des tubes G entre eux, si l’on veut qu’ils chauffent rapidement le contenu de la chaudière; ce grand écartement est désavantageux en ce sens que la place réservée dans la chaudière à la masse de savon en est diminuée. L’emploi de la vapeur

Fig. 20.

surchauffée, dans la fabrication du savon, est de beau¬ coup préférable. Les dispositions prises à cet effet sont très simples; l’appareil se compose seulement d’un serpentin en fer muré dans un foyer et chauffé à rouge.

Ce serpentin communique d’un côté avec la chau¬ dière à vapeur, fournissant de la vapeur à basse pression de 2 à 2 1/2 atmosphères, et de l’autre, di¬ rectement avec la chaudière à saponifier isolée, ga¬ rantie contre le refroidissement par un revêtement en bois.

Les fig. 20 et 21 indiquent l’une en coupe, l’autre en plan, la disposition prise.

L’appareil à vapeur surchauffée se compose d’une

MANUEL DU SAVONNIER

124

série de tuyaux A en fonte, placés horizontalement sur un foyer et parallèlement les uns aux autres. Ces tuyaux sont joints hermétiquement entre e.ux au moyen de manchons en cuivre B et G.

La vapeur à 1 1/2 2 atmosphères passe dans la caisse D, pénètre dans les tuyaux A chauffés au rouge et s’échappe en G aboutit le tuyau condui¬ sant dans la chaudière à saponifier. La température de la vapeur est en ce moment excessivement élevée, sans que, cependant, sa tension soit augmentée.

On peut, si l’on veut, porter à un très haut degré la température de la vapeur, il n’est besoin pour cela que d’employer et de chauffer à rouge un plus grand nombre de tuyaux A.

On obtient par l’emploi d’une très faible quantité de vapeur sur- chaufféeun effet calorique énorme et la quantité de chaleur pénétrant dans la masse de savon par con¬ densation de la vapeur n’est pas prise en considé¬ ration.

Le cuivre s’oxydant très facilement à la chaleur il faut disposer le foyer de telle sorte que les manchons en cuivre ne soient pas atteints par le feu.

Lorsqu’on veut fabriquer avec de la vapeur sur- hauffèe, on chauffe la chaudière à vapeur jusqu’à ce que le manomètre indique une pression d’au moins 2 atmosphères; on porte en même temps les serpentins

FABRICATION DES SAVONS PAR LA VAPEUR 125

au rouge et l’on charge la chaudière à saponifier de graisse et de lessive. On fond la graisse en faisant pé¬ nétrer lentement la vapeur et l’on continue l’opération de la saponification. En activant l’arrivée de la vapeur, on porte le savon à l’ébullition et l’opération entière peut se faire en moitié moins de temps et moins encore qu’en travaillant à feu nu.

On a de plus l’avantage de pouvoir saponifier sans arrêt avec une seule chaudière, puisqu’après chaque opération, on n’a qu’à faire évacuer le savon encore liquide par un robinet placé au fond de la chaudière pour pouvoir remplir celle-ci d’une nouvelle quantité de graisse et de lessive.

Les frais d’installation pour la fabrication par la vapeur sont assez élevés (environ 2,500 à 4,000 francs), cependant ces installations sont incontestablement les meilleures pour une fabrique d’une certaine impor¬ tance et pouvant compter sur le placement continu d’une quantité importante de savon, car la' diminution des frais de chauffe et de main-d’œuvre compense rapi¬ dement les frais d’installation.

D’après notre propre expérience, il est ainsi pos¬ sible de remplacer la vapeur surchauffée par de l’air fortement chauffé, ce qui simplifie l’instal¬ lation en ce sens qu’une chaudière à vapeur devient inutile.

On joint alors l’appareil à surchauffer (fig. 20 et 21) par son extrémité antérieure à une pompe à air s’ali¬ mentant au dehors; l’air chassé au travers des tuyaux rougis s’échauffe fortement et parvient ensuite dans les tubes de la chaudière à saponifier.

On procède de préférence en renvoyant dans la pompe l’air qui a cédé au savon la plus grande partie

126 MANUEL DU SAVONNIER

de sa chaleur; cet air aspiré à nouveau repasse par les tuyaux réchauffeurs, ainsi de suite.

Cet arrangement permet de réduire à leur plus faible proportion les pertes de chaleur inévitables.

XIII. - FABRICATION DES SAVONS DE TOILETTE

La fabrication des savons de toilette forme une branche très importante de notre industrie et qui attire au plus haut degré l’attention des fabricants par suite du bénéfice qu’elle donne.

On comprend, dans la règle, sous le nom de savons de toilette tous les savons fins parfumés; tous reçoi¬ vent un parfum et sont parfois colorés. En pratique, on divise en deux sortes les savons de toilette, les savons durs et les crèmes. Les premiers sont des savons durs à la soude, mais contenant parfois de fortes quantités d’eau, car on exige d’un bon savon de toilette qu’il mousse beaucoup et rapidement.

Les crèmes sont des savons à la potasse très purs mous et visqueux.

En Angleterre et en Allemagne la fabrication des savons de toilette rentre à la fois dans la spécialité des parfumeurs et dans celle des fabricants de savons. Mais la fabrication de ces savons donnant de beaux béné¬ fices et se rattachant de fait à l’industrie de la savonne¬ rie, nous allons la décrire de façon à ce que tout fabri¬ cant de savon soit en état de préparer lui-même les principales sortes de savons de toilette.

L’industrie française a incontestablement, dans cette branche, dépassé de beaucoup les autres pays; nos savons de toilette possèdent une beauté et une finesse de parfums toutes spéciales.

FABRICATION DES SAVONS DE TOILETTE 127

Nous ferons remarquer que ce serait faire preuve d’économie très mal comprise, que de vouloir employer des parfums et des couleurs de qualités inférieures plutôt que des produits d’une grande valeur, car le surplus des dépenses occasionné par la différence de prix est couvert plusieurs fois par la plus grande valeur des produits manufacturés.

Notre ouvrage consacré spécialement à la fabrication du savon commun, nous ne ferons ici qu’indiquer com¬ plètement, mais brièvement, la fabrication des savons de toilette.

Au nombre des conditions fondamentales que l’on doit observer dans la fabrication de ces savons, au risque de ne pouvoir obtenir de bons produits, nous citons les suivantes :

A. Emploi des matières premières aussi pures que possible pour la fabrication du savon, de parfums et de couleurs de premières qualités.

B. Mélange intime du'savon aux substances odorantes et colorantes. Une graisse ayant une odeur désagréable produit aussi, dans la plupart des cas, un savon sen¬ tant mauvais. Un savon de ce genre, même si sa mau¬ vaise odeur n’est que très faible, est complètement impropre à la préparation d’un savon de toilette, car l’expérience nous a montré que cette odeur enlève leurs charmes aux parfums les plus fins et diminue la qualité du produit.

Nous recommandons par conséquent à tout fabricant de savons de toilette, de préparer à part une masse avec des matières premières très pures et de n’em¬ ployer que celles-ci à l’exclusion de toute autre. Le savon ainsi obtenu est, il est vrai, d’un prix de revient un peu plus élevé, mais le surplus des frais sera large-

128

MAN U KL

savonnier

ment couvert par la valeur bien supérieure du produit terminé.

Il est tout ainsi important d’obtenir un produit bien uniforme, c’est-à-dire un mélange aussi intime que possible du savon avec les parfums et les matières co¬ lorantes.

Un savon de toilette de bonne qualité doit, même à l’état de morceaux de fortes dimensions, présenter une masse d’une couleur et d’un parfum parfaitement uni¬ formes; il ne doit avoir aucune place plus foncée ou plus claire qu’une autre et des échantillons pris sur diverses parties du bloc de savon, doivent tous avoir le même degré de parfum.

Il faut, pour qu’une masse un peu grande de savon soit parfaitement homogène, opérer le mélange de ses divers éléments avec le plus grand soin. On y arrive en brassant d’abord les substances dans le savon, puis en pétrissant les morceaux, ainsi de suite. On emploie dans ce but des machines dont nous parlerons plus loin.

Il est encore, à part la pureté et l’homogénéité, plu¬ sieurs points d’une grande importance à observer dans la fabrication des savons de toilette; ce sont la forme à donner au savon et son aspect extérieur , c’est-à-dire l’enveloppe sous laquelle il est mis en vente. Il faut en effet prêter une grande attention à la forme et à l’as¬ pect extérieur, car les savons de toilette sont plus ou moins des articles de luxe, et comme tels, ont non seu¬ lement un but pratique à remplir, mais doivent en outre avôir un extérieur qui plaise à l’œil.

En ce qui concerne la forme, le fabricant a une assez grande latitude; on sait que les savons de toilette se vendent sous forme de fruits, de fleurs, défigurés, etc.

Fabrication dès savons de toilette 129

le fabricant doit toujours donner au morceau de savon une forme dans laquelle il